Alcool et santé mentale : Mise en garde d’éduc’alcool : les magasins qui vendent de l’alcool ne sont pas des pharmacies

Montréal, le 18 avril 2011 – La tentation de boire de l’alcool de manière excessive ou incontrôlée est plus forte dans certaines circonstances de la vie, particulièrement dans les moments les plus difficiles, comme une situation stressante, un coup dur, un deuil ou une séparation. Une toute nouvelle publication d’Éduc’alcool rappelle qu’il faut donc être extrêmement vigilant en pareille circonstance et ne surtout pas s’automédicamenter.

Éduc’alcool conseille fortement aux consommateurs de ne pas boire pour noyer leurs problèmes ou pour améliorer leur état émotif lorsqu’ils se sentent mal, car l’alcool n’est pas un médicament et les magasins qui en vendent ne sont pas des pharmacies. C’est là la grande recommandation que livre la plus récente monographie de la série Alcool et santé.

Cette nouvelle monographie d’Éduc’alcool, consacrée aux effets de l’alcool et la santé mentale, explique la grande similitude qui existe entre les troubles mentaux et la consommation problématique d’alcool. Elle présente les raisons pour lesquelles les personnes atteintes de troubles mentaux doivent être particulièrement vigilantes quant à leur consommation. Elle dégage les conditions sous lesquelles la consommation d’alcool pourrait même mener à des troubles mentaux et donne de l’information sur les services d’aide disponibles.

Pour la grande majorité des gens, la consommation d’alcool n’a aucune relation directe avec l’état psychologique et ne cause pas de difficulté particulière. Mais pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux, consommer de l’alcool peut se révéler très problématique. Et cette question concerne un très grand nombre de Québécois.

Des statistiques troublantes

De fait, les statistiques sont impressionnantes : environ 60 % de la population connaîtra au cours de sa vie une période de grand stress ou un événement traumatisant. Chez certains, ce traumatisme occasionnera du stress à long terme ; près d’un adulte québécois sur dix souffre de stress chronique. Plus encore, près du quart des Québécois souffriront au cours de leur vie d’un trouble de l’humeur ou d’un trouble anxieux. Cela représente plus de 1,3 million de personnes.

La consommation de médicaments psychotropes est répandue au Québec, puisque environ 16 % des adultes en ont consommé au moins un – prescrit ou non – au cours des douze derniers mois. Les médicaments les plus utilisés sont les médicaments pour dormir, suivis des médicaments pour réduire l’anxiété, puis des antidépresseurs dont la consommation est en forte croissance.

En 2005, les médecins québécois ont rédigé 7,5 millions d’ordonnances pour des antidépresseurs. Entre 2000 et 2004, une personne sur cinq a pris des antidépresseurs pendant au moins un an.

Une interrelation très forte

De nombreuses études confirment l’association fréquente entre les problèmes de santé mentale et l’abus ou la dépendance à l’alcool.

Parmi les individus souffrant de troubles mentaux, de 15 à 20 % connaissent aussi des problèmes de toxicomanie. De même, plus de 50 % des personnes qui ont reçu un diagnostic d’anxiété généralisée ont aussi un problème de toxicomanie.

Les Québécois qui reconnaissent avoir eu un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux au cours de leur vie sont trois fois plus susceptibles d’avoir un problème de dépendance à l’alcool que les autres. Ceux qui disent avoir été anxieux ou déprimés au cours des douze derniers mois ont un risque quatre fois plus élevé que les autres d’être dépendants de l’alcool. Parmi les troubles anxieux, le trouble panique est celui qui est le plus étroitement lié à la dépendance à l’alcool.

L’abus d’alcool est particulièrement courant chez les personnes qui souffrent d’un trouble de l’impulsivité ou chez celles qui recherchent les sensations fortes. Quant aux personnes atteintes de schizophrénie, elles sont trois fois plus à risque que les autres de présenter un problème de consommation d’alcool.

Attention à l’automédication

Les personnes qui souffrent de troubles mentaux prennent de l’alcool – une substance aux propriétés apaisantes – pour tenter de régler leurs problèmes elles-mêmes. Ce phénomène est appelé automédication. Pour échapper à leur condition pathologique ou pour tenter d’atténuer les symptômes de leur maladie, les personnes en détresse ont recours à l’alcool. Elles ne s’automédicamentent donc pas pour pallier un trouble psychologique, mais bien pour pallier la souffrance, la tristesse, la colère ou l’agitation provoquées par leurs troubles mentaux.

Une petite quantité d’alcool peut, à court terme, apporter un soulagement du stress, mais l’alcool n’en traite aucunement les causes. À long terme, on a besoin de plus grandes quantités d’alcool pour ressentir psychologiquement des effets bénéfiques. L’accoutumance s’installe. Il s’ensuit une augmentation de la consommation d’alcool qui risque de se transformer en dépendance. Quand l’individu souffre à la fois de troubles de santé mentale et de dépendance à l’alcool, se met en place un cercle vicieux où chacun des deux troubles maintient et aggrave l’autre.

Il ne faut surtout pas soigner son mal-être en consommant de l’alcool. Bien qu’il ait des fonctions de désinhibition et qu’il procure une certaine détente, son action peut être fort nocive dans les moments les plus difficiles. Il importe alors de demander de l’aide, de se diriger vers des services communautaires ou de consulter des professionnels de la santé.

Éduc’alcool espère que cette publication fera œuvre utile, non seulement pour les personnes qui souffrent de troubles de santé mentale, mais également pour leur entourage. La brochure rappelle que nous sommes tous vulnérables, que nul n’est totalement à l’abri de quelque problème que ce soit et qu’en tout temps, pour tous, la modération a bien meilleur goût.

Où trouver cette publication

La publication Alcool et santé mentale peut être téléchargée sur le site Internet d’Éduc’alcool (www.educalcool.qc.ca). On peut aussi la recevoir sans frais en communiquant avec Éduc’alcool au 1 888 ALCOOL1. On peut également la trouver dans les hôpitaux, les CLSC et les succursales de la Société des alcools du Québec.