Éduc’alcool inquiet et déçu du peu de cas fait de la prévention dans la loi 88

Montréal, le 26 mai 2016- Éduc’alcool est très inquiet et extrêmement déçu du fait que la loi 88 sur le développement de l’industrie des boissons alcooliques artisanales n’aborde d’aucune façon les enjeux de prévention et de santé publique malgré les mises en garde très claires qui avaient été faites à la commission parlementaire à ce sujet.

Pas de prix minimum : problèmes en vue
En effet, la loi 88, qui vient tout juste d’être adoptée, ne prévoit pas de prix minimum pour l’alcool dont la vente est libéralisée. Éduc’alcool, reconnu pour son expertise dans le domaine, avait pourtant fortement recommandé l’adoption d’un prix minimum réglementé.

« Il est surprenant que le gouvernement ait fait la sourde oreille à cette suggestion et qu’il ait pris le risque d’étendre aux produits artisanaux la jungle que nous voyons présentement dans le domaine de la bière. Le moins que l’on aurait pu espérer est qu’il fasse preuve de prudence à ce chapitre pour nous prémunir contre des abus dont les premières victimes seraient les jeunes, les consommateurs excessifs et les plus vulnérables », a déclaré le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy.

Ne jouons pas à la loterie avec la santé publique
De fait, même s’il y a, en théorie, un prix minimum pour la bière au Québec et qu’il est déjà le plus bas du pays, il est systématiquement contourné par certaines épiceries et dépanneurs, et ce, en toute impunité. Et cela risque d’être pire désormais puisque le prix des produits artisanaux sera encore moins contrôlé que celui de la bière. Certes, ces produits ont un coût de production élevé et les producteurs artisans ne sont pas en cause. Mais sans prix minimum, rien n’empêcherait les détaillants de se servir de l’alcool comme produit d’appel (loss leader).

Cette pratique courante a d’ailleurs été mise en lumière par le Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques dans son rapport annuel et illustrée par Éduc’alcool lors de la commission parlementaire. « C’est le risque que le gouvernement a choisi de prendre. On ne devrait cependant pas jouer à la loterie avec la santé publique », a déploré Hubert Sacy.

Un prétexte pour déréglementer ?
Éduc’alcool est en accord avec la vente des produits artisanaux en épicerie. Cependant, cette démarche ne devrait pas être un prétexte à une déréglementation, mais plutôt une occasion de maintenir un contrôle des prix comme il est nécessaire de le faire pour tous les produits alcooliques.

Il a, de fait, été amplement démontré que des prix d’alcool plus réglementés aident à réduire la consommation et les méfaits connexes, tandis que des prix d’alcool réduits contribuent à les augmenter.

« Nous avions espéré voir dans la loi 88 un minimum de souci de la prévention et de la santé publique. Il est triste et regrettable que notre appel ait été rejeté du revers de la main », a conclu Hubert Sacy.