Santé publique, ONG et producteurs : Recherche de convergences au colloque d’Éduc’alcool à Vinexpo 2011

Bordeaux Juin 2011.- Un plateau de très haut niveau, des interventions d’une qualité exceptionnelle, la recherche de convergences, sans occulter les désaccords, pour promouvoir une consommation modérée et prévenir les problèmes liés à l’abus d’alcool : c’est ce qui ressort du colloque organisé par Éduc’alcool, le 20 juin dernier, dans le cadre de Vinexpo. Ce grand symposium de réflexion et de perspectives sur les enjeux majeurs interpellait tant les milieux de santé publique que les organismes de prévention et les producteurs de vin.

Animé par Cécile Bassot, directrice générale du Groupe Sopexa, le colloque a permis l’émergence de points de vue complémentaires sur des sujets brûlants d’actualité et déterminants pour les consommateurs et les populations.

Après le mot de bienvenue du Commissaire général de Vinexpo, Robert Beynat, la présidente d’Éduc’alcool, la Professeure Louise Nadeau a rappelé les grandes orientations de la stratégie alcool de l’Organisation mondiale de la Santé et fait ressortir les attentes de l’organisation internationale face aux producteurs ainsi que la contribution qu’ils sont appelés à apporter dans la lutte aux effets nocifs de l’alcool. Elle a conclu en invitant les participants à bâtir des passerelles dans la réalisation de cet objectif.

Pour le Professeur Joël de Leiris de l’Université Joseph Fourier de Grenoble, qui exprimait le point de vue scientifique du physiologiste, il existe certes un risque alcool mais aussi des effets protecteurs de la consommation modérée. Données probantes à l’appui, il a indiqué que de nombreuses études suggèrent l’existence d’un effet pro-cancérigène de la consommation de boissons alcooliques qui peuvent se manifester à la suite de longues périodes (effet durée) de consommation excessive d’alcool (effet dose).

Par contre, il a aussi établi qu’une consommation régulière et modérée de boissons alcooliques réduit la mortalité toutes causes et la mortalité cardiovasculaire. Une consommation modérée de vin est associée à une limitation significative du risque de récidive post-infarctus (prévention secondaire).

Pour sa part, le Docteur Michel Craplet, du Centre hospitalier de Saint-Cloud, de l’ANPAA et d’Eurocare, a lancé un appel à sortir du manichéisme lorsqu’il est question d’alcool. Il a brossé une large fresque de la représentation de l’alcool à travers les âges et les civilisations et fait ressortir les visions manichéennes de l’alcool auxquelles nul n’a échappé. Boissons alcooliques et boissons sans alcool, bonnes ou mauvaises boissons alcooliques, bonnes ou mauvaises pratiques, bons ou mauvais consommateurs.

Il en a tiré des conséquences pour la prévention en alcoologie : effets biologiques et physiologiques, effets immédiats et retardés avant de proposer des solutions et des perspectives : accepter la complexité et montrer les deux faces du totem alcool. Peut-on consommer une passion avec modération ? Oui, à condition de pouvoir en parler, a-t-il conclu.

De con côté, Jose Ramon Fernandez, Secrétaire général du Comité vins de l’Union européenne a exposé les orientations et les réalisations du programme Wine in Moderation, Art de Vivre, qui s’inscrit dans le cadre du Forum Alcool et santé de l’Union européenne. Il a passé en revue les nombreuses actions menées en ce sens à la fois sur le plan européen et sur celui des différents pays membres faisant ainsi ressortir le rôle essentiel du secteur vin dans la prévention des problèmes liés à l’abus de l’alcool.

Il a réaffirmé l’engagement du secteur vins dans la promotion d’une consommation responsable et raisonnée avant de conclure sur les principaux défis à relever dans l’avenir : l’élargissement du champs d’intervention, l’implantation des meilleures pratiques, la coordination des actions, la communication auprès des consommateurs et la mise sur pied de partenariats avec les autorités du domaine de la santé.

Partant de la situation qui prévaut dans son pays, Michel Graf, directeur d’Addiction Info Suisse, a illustré un certain nombre de contraintes qu’il importe d’imposer à la commercialisation de l’alcool. Il a illustré son propos d’exemples de mesures peu contestées, notamment sur le plan de la sécurité routière, mais avancé aussi des éléments de désaccord, notamment dans le domaine de la restriction des libertés opposé à la nécessité de protéger les plus vulnérables, des restrictions à l’accès et à l’attrait de l’alcool qu’il a appelé de ses voeux.

Il a noté cependant la « balance des coûts » de l’alcool : 6,5 milliards de francs suisses de coûts sociaux liés à l’abus et 8 milliards de revenus. Il a enfin invité à la poursuite du dialogue et envisagé que l’on puisse être ensemble pour une cause mais que cela est, dans le contexte helvétique, plus difficile pour des actions.

Pour sa part, Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool, Québec, a fait part d’une expérience de collaboration de l’ensemble des intervenants du domaine de l’alcool au Canada, des milieux de santé publique en passant par les gouvernements, les ONG et les producteurs, pour la détermination d’un message commun sur les niveaux de consommation d’alcool à faible risque. Soulignant que le mieux est l’ennemi du bien, il a indiqué les conditions qui ont permis l’atteinte d’un large consensus : éviter la morale et la politique, se centrer sur la science sans la moindre interférence.

C’est ainsi que des experts scientifiques reconnus ont établi les normes que tous se sont engagés à véhiculer. Certes, a-t-il reconnu, il y a eu de multiples embuches et les obstacles n’ont pas manqué. Mais, ultimement, sur la base de fondements convenus à l’avance, il a été possible de livrer le même message de la même manière. Il a conclu son exposé en présentant la campagne d’Éduc’alcool qui fait la promotion de ces niveaux de consommation.

C’est donc sur une note optimiste, bien que réaliste, qu’à l’issue d’un échange animé par Cécile Bassot, Louise Nadeau a été en mesure de dégager de chacune des interventions des éléments de convergences porteurs des meilleures perspectives d’avenir.

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Pour obtenir l’intégrale des présentations du colloque, on peut écrire à hsacy@educalcool.qc.ca