Alcool et lendemains de veille

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Les facteurs de risque du lendemain de veille

Évidemment, le principal facteur de risque associé à la veisalgie du lendemain d’ivresse est une consommation excessive d’alcool. Les risques d’incidence et la sévérité des symptômes augmentent de pair avec la quantité d’alcool consommé. Il faut donc toujours garder en tête les directives de consommation d’alcool à faible risque selon lesquelles, lors d’une occasion spéciale, les femmes peuvent prendre 3 verres et les hommes 4 maximum.

Cependant, pour la même quantité d’alcool consommé, l’incidence et l’intensité d’un lendemain de veille peuvent varier d’une personne à l’autre. Les principaux facteurs de risque qui, à ce jour, ont retenu l’attention des scientifiques sont les suivants.

1. Les congénères et les impuretés

Des épisodes distincts de consommation abusive d’alcool peuvent avoir des conséquences différentes, et ce, même si la quantité totale d’alcool consommé est identique. En effet, il est maintenant assez bien accepté par la communauté scientifique que les congénères comme le méthanol, l’histamine ou les polyphénols, qui sont contenus dans les boissons alcooliques, expliqueraient la sévérité des symptômes du lendemain de veille.

Dans le même ordre d’idées, les boissons alcooliques qui contiennent une quantité élevée d’impuretés ou de substances préservatives pourraient provoquer des symptômes de lendemain de veille, et ce, même lorsque la quantité d’alcool consommé est modérée. Il est question du zinc ou d’autres métaux qui sont parfois ajoutés aux boissons alcooliques pour les sucrer artificiellement ou en rehausser la saveur.

2. La vulnérabilité psychologique

Nous l’avons énoncé précédemment, environ le quart des buveurs ne souffrent jamais de gueule de bois, et ce, même lorsqu’ils boivent excessivement. La recherche sur la veisalgie en est à ses balbutiements et il faut rappeler que ce phénomène demeure très mal compris. À ce stade-ci, une hypothèse a été formulée à l’effet qu’une partie du phénomène trouve sa cause dans des facteurs psychosociaux. Cette hypothèse tire sa source des travaux de Harburg et al. (1993) qui ont démontré que l’état psychosocial était significativement associé à la sévérité des symptômes rapportés par les buveurs.

L’incidence et l’intensité des veisalgies ne seraient donc pas uniquement le résultat de causes objectives, mais s’expliqueraient aussi par des facteurs d’ordre subjectif qui renverraient à l’expérience de l’individu lors d’une occasion précise de consommation.

3. Le mélange avec le tabac

C’est bien connu, il existe une association entre la consommation épisodique d’alcool et la consommation occasionnelle de tabac. Bon nombre de fumeurs sociaux ou de fumeurs de fin de semaine ont une envie soudaine et aiguë d’une cigarette lorsqu’ils consomment de l’alcool de façon abusive. De la même façon, celui qui a cessé de fumer a souvent le malheur de recommencer lors d’une soirée bien arrosée. Ces phénomènes sont causés par l’interaction pharmacologique entre l’alcool et le tabac, qui se manifeste par un intense besoin physique de fumer.

Les conséquences et les remèdes

Un état de lendemain de veille est évidemment synonyme d’épisodes de consommation abusive. Pour cette raison, on peut conclure que ceux qui rapportent fréquemment une gueule de bois sont à risque de développer l’ensemble des désordres et des maladies liés à la consommation abusive d’alcool qui, eux, sont très bien documentés.

Du reste, on connaît actuellement très peu de chose quant aux conséquences sur la santé, immédiates et à long terme, des lendemains de veille. Les chercheurs du Alcohol Hangover Research Group ont d’ailleurs souligné l’importance d’élaborer des outils méthodologiques qui permettront éventuellement de mesurer de façon fiable les effets de cet état sur la santé des buveurs.

Néanmoins, une mise en garde bien précise permettant de réduire les conséquences néfastes des lendemains de veille peut d’ores et déjà être formulée. Quoique le mal de tête soit un symptôme rapporté par près de 90 % des personnes qui ont une gueule de bois, il n’est pas conseillé à tous de consommer de l’acétaminophène (Tylenol) pour réduire la douleur. En fait, la consommation de l’acétaminophène est tolérée chez les buveurs occasionnels qui auraient trop bu lors d’une occasion particulière, mais elle est strictement contre-indiquée chez les personnes dépendantes à l’alcool (alcooliques) qui ont reçu un diagnostic de problèmes hépatiques. Chez ces dernières, des études cliniques ont démontré que l’interaction entre l’alcool et l’acétaminophène (Tylenol) augmente significativement le risque de toxicité hépatique et peut causer des lésions au foie, même lorsque le médicament est pris le jour suivant. Le mal de tête serait donc une punition du lendemain de veille à laquelle certaines personnes ne devraient pas tenter de se dérober.

Selon la sensibilité de chaque consommateur, le mélange de l’alcool avec l’acide acétylsalicylique contenu dans certains analgésiques comme l’AAS (aspirine) ou l’ibuprofène (Advil, Motrin) est lui aussi déconseillé. Cela relève de la propension de l’alcool à provoquer de l’irritation, voire une inflammation de la muqueuse de l’estomac. Chez les personnes vulnérables aux crises gastro-intestinales, la prise de ces médicaments pourrait exacerber les effets irritants de l’alcool.

Dans les faits, les seuls traitements sécuritaires contre la douleur associée au lendemain de veille sont semblables à ceux d’une saine hygiène de vie : faire de l’exercice afin d’augmenter l’apport en oxygène aux cellules et se réhydrater en buvant beaucoup d’eau, puis en mangeant quelque chose de simple. Pour le reste, seul le temps fera son œuvre.

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