Les effets de la consommation abusive d’alcool

Voir la publication

Les effets de la consommation abusive d’alcool sur le système nerveux

Toute intoxication à l’alcool a des conséquences neurologiques. Pris à faibles doses, l’alcool a un effet psychologique stimulant, excitant et même désinhibant. Consommé à plus fortes doses, son effet est sédatif et il s’ensuit des troubles d’ivresse banale, soit de vigilance, d’équilibre, de parole et de confusion.

La consommation abusive et chronique peut provoquer de nombreuses perturbations des systèmes nerveux central et périphérique :

  • des troubles peuvent être la conséquence de la malnutrition et de la carence nutritionnelle dont sont souvent affligés les alcooliques ;
  • des complications neurologiques peuvent être liées à une insuffisance hépatique ;
  • des manifestations neurologiques spécifiques dans lesquelles l’alcool peut jouer un rôle central peuvent se produire;
  • des perturbations neurologiques qui peuvent survenir lors d’un sevrage, tel le délire alcoolique aigu (delirium tremens).
Syndrome de Wernicke-Korsakoff

L’une des affectations les plus graves dont peuvent être atteints ceux qui consomment de l’alcool avec excès est le syndrome de Wernicke- Korsakoff, provoqué par une carence prononcée en thiamine (vitamine B1).

L’encéphalopathie de Wernicke est l’association d’un syndrome confusionnel, d’une diminution de la coordination (ataxie), de paralysies oculomotrices et parfois de troubles végétatifs ainsi que de troubles de la conscience. Ces anomalies cliniques peuvent se développer subitement ou évoluer sur plusieurs jours.

La psychose de Korsakoff se traduit par un état amnésique avec une déficience prononcée de la mémoire rétrograde et de la mémoire antérograde, une désorientation temporelle, de fausses reconnaissances et des affabulations – les patients n’ont plus de mémoire. La psychose de Korsakoff succède généralement à l’encéphalopathie de Wernicke. C’est pourquoi on dit souvent que ces deux syndromes n’en forment qu’un seul. Ces cas sont spectaculaires mais, fort heureusement, rares.

Polynévrite

La polynévrite alcoolique est la plus fréquente des complications neurologiques de l’alcoolisme chronique. Elle est liée à une atteinte du système nerveux entraînant une dégradation de la myéline et du système nerveux périphérique. Cette affection débute généralement de manière insidieuse et se manifeste par des sensations anormales d’engourdissement ou de fourmillement (dysesthésies), par la sensation d’avoir les pieds froids, par des crampes, notamment dans les mollets, et par une moindre endurance à la marche. Elle est due à l’effet toxique de l’alcool ou de ses métabolites et elle est favorisée par une carence en thiamine. Dans les formes plus graves, la polynévrite peut s’étendre aux membres supérieurs. Après sevrage, ses effets sont réversibles, mais le processus est lent.

Névrite optique

Une névrite optique est une lésion des nerfs optiques qui peut être provoquée par une intoxication chronique à l’alcool. Elle se caractérise par une baisse progressive et bilatérale de l’acuité visuelle. On constate chez les malades une diminution du champ visuel et ils éprouvent aussi des difficultés à bien voir les couleurs. Cette complication est réversible s’il y a sevrage d’alcool – et de tabac -, accompagné d’une prise de vitamines.

  • Autres : voir dans publication pdf

Les effets de la consommation abusive d’alcool sur la santé mentale

La consommation abusive d’alcool peut provoquer de nombreux désordres psychiatriques. Des études démontrent que les alcooliques présentent davantage de troubles mentaux que les non-alcooliques. On parle alors de comorbidité psychiatrique lorsque, chez un même individu, on observe un mode inadapté de consommation d’alcool en combinaison avec des troubles mentaux ou psychiatriques qui ne sont pas directement causés par une intoxication aiguë, ni dus au sevrage.

On observe trois grands types de troubles psychiatriques, surreprésentés chez les alcooliques.

Troubles de la personnalité

On observe tous les types de troubles de la personnalité chez les individus qui ont un problème de consommation. Par exemple, la prévalence d’avoir une personnalité antisociale est 10 fois supérieure chez les alcooliques que celle que l’on observe dans la population en général. On observe aussi, notamment chez les femmes, une forte association entre l’alcoolisme et tous les types de troubles alimentaires.

Troubles de l'humeur et de l'anxiété

On retrouve sous cette rubrique le trouble bipolaire et la dépression, celle-ci de manière très fréquente. Ce trouble doit être pris au sérieux, car il y a de 8 à 10 fois plus de suicides – une de ses conséquences – chez les alcooliques que dans la population en général. Les alcooliques souffrent peu de troubles anxieux – tels le trouble panique et la phobie sociale -, mais tout de même plus que la population en général.

La schizophrénie

Bien que n’ayant pas de lien avec l’intoxication ou le sevrage, ce trouble grave est davantage observé chez les alcooliques que dans la population en général. La majorité des troubles psychotiques sont de nature toxique et ont été décrits précédemment dans la section Effets sur le système nerveux.

Les effets de la consommation abusive d’alcool sur l’environnement social

Les intoxications à l’alcool engendrent des problèmes sociaux ayant de graves conséquences socio-médicales trop souvent mésestimées. L’alcool ingéré en trop grande quantité produit des perturbations au cerveau, au système nerveux central et au système hormonal, ce qui provoque en retour un impact sur les processus cognitif et physiologique. Par conséquent, si la mortalité des alcooliques est plus élevée, ce n’est pas seulement parce que l’ivresse présente une pathologie particulière, mais aussi parce qu’elle amplifie le risque habituel associé au suicide, aux homicides et aux lésions accidentelles résultant de problèmes sociaux tels les accidents de la route et la violence.

Accidents de la route

Au Québec, l’alcool est l’une des principales causes de décès sur les routes. Le problème est particulièrement tragique chez les jeunes, mais il ne touche pas que ces derniers. En 2000, près de 40 % des conducteurs décédés sur les routes du Québec avaient bu de l’alcool. Entre 1995 et 2003, 1655 Québécois sont décédés dans un accident de la route, alors qu’au moins un des conducteurs impliqués était sous les effets de l’alcool.

Violence

S’il est faux de croire que l’alcool rend nécessairement violent, il n’en demeure pas moins que, dans notre société, les intoxications à l’alcool ont un impact direct sur la violence et, bien entendu, sur les blessures qui s’ensuivent. Puisqu’une des manifestations neurologiques de la consommation est la perte d’inhibition, l’alcool est un facteur déterminant des comportements instinctifs telles la violence sexuelle et la violence physique associées à cette perte d’inhibition.

Les victimes sont, elles aussi, souvent intoxiquées lors d’épisodes de violence, ce qui les rend plus vulnérables aux agressions ou ce qui les incite à provoquer leur agresseur.

Violence conjugale

La consommation abusive d’alcool faite par l’un des conjoints favorise l’éclatement de conflits pouvant aller jusqu’à la violence physique. Le risque de violence conjugale augmente avec la fréquence d’intoxication. Au Canada, 41 % des victimes féminines et 25 % des victimes masculines estiment que leur conjoint était sous l’influence de l’alcool lors d’épisodes violents. Selon Statistique Canada, 26 % des hommes qui ont tué leur conjointe et 55 % des femmes qui ont tué leur conjoint étaient intoxiqués au moment du meurtre.

Au-delà des sévices physiques pouvant résulter de la violence conjugale, des études démontrent que les conjoints des alcooliques souffrent davantage d’anxiété, d’insomnie, de tension et de dépression.

Sexualité

Les intoxications à l’alcool – surtout chez les jeunes – sont liées aux relations sexuelles non protégées et, par conséquent, augmentent les risques de contracter une maladie transmise sexuellement (MTS) ou de provoquer une grossesse non planifiée.

Alcool et fœtus

Les femmes enceintes qui s’intoxiquent à l’alcool s’exposent à donner naissance à des enfants atteints du syndrome d’alcoolisme foetal (SAF), soit un ensemble de problèmes pouvant inclure un retard de croissance, un déficit intellectuel, des malformations cardiaques, une tête anormalement petite ainsi que d’autres anomalies faciales et squelettiques.

Pour de plus amples informations, se référer à l’article La grossesse et l’alcool en questions.

Pages: 1 2 3
Voir la publication