Les effets de la consommation modérée et régulière d’alcool

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Consommation modérée et régulière d’alcool

La consommation modérée d’alcool peut généralement être définie comme étant « un niveau de consommation où les risques de problèmes reliés à l’alcool sont minimes, et ce, tant pour le buveur que pour son entourage » (Meister et al., 2000). Il est difficile de donner une définition quantitative du boire modéré puisque l’alcool peut avoir des effets fort différents d’une personne à l’autre. Néanmoins, des repères peuvent toujours être utiles et c’est pourquoi, depuis quelques années, les organismes de référence au Canada font valoir les recommandations suivantes :

  • Femmes : Ne pas boire plus de 2 verres standard par jour et limiter sa consommation à 10 verres standard par semaine.
  • Hommes : Ne pas boire plus de 3 verres par jour et limiter sa consommation à 15 verres standard par semaine.
  • Ne pas boire tous les jours.
Définition d'un verre standard d'alcool

Malgré ces recommandations, il peut toujours subsister une certaine confusion entourant ce qu’est une consommation modérée d’alcool puisque ces recommandations impliquent une définition d’un verre standard d’alcool. Un verre standard dépend de plusieurs facteurs tels le type d’alcool servi, le pourcentage d’alcool contenu dans la boisson, l’endroit où la consommation est servie ; soit à la maison, où la quantité est souvent plus grande (Lemmens, 1994), ou dans un établissement détenteur d’un permis d’alcool où la quantité versée dans un verre est contrôlée (Meister et al., 2000). À cela s’ajoute la nature du produit servi.

On définit un verre standard de la façon suivante :

1 verre de bière 340 ml 12 oz 5% d’alcool
1 verre de vin 140 ml 5 oz 12 % d’alcool
1 verre de spiritueux 45 ml 1,5 oz 40 % d’alcool
1 verre de vin fortifié 85 ml 3 oz 18% d’alcool

Les bières fortes et certains alcools pré-mélangés contiennent plus d’alcool qu’un verre standard. Il importe de vérifier la quantité d’alcool sur l’étiquette de la bouteille.

L'importance des modèles de consommation

En général, on classifie un buveur comme étant modéré ou abusif en fonction de la quantité moyenne d’alcool consommé au cours d’une certaine période de temps, habituellement une semaine. Or, cette information à elle seule ne parvient pas à nous donner une image complète des habitudes de consommation d’une personne. En effet, certaines personnes consomment tous les jours, alors que d’autres consomment plus sporadiquement, uniquement les fins de semaine par exemple. Les effets sur la santé de ces deux modes de consommation sont fort différents même si la quantité totale d’alcool consommée est la même. Consommer deux verres quotidiennement n’a certainement pas les mêmes effets sur la santé et sur l’entourage que de consommer 14 verres le samedi soir et s’abstenir les six autres jours.

Une consommation abusive épisodique peut être extrêmement dommageable pour la santé, même si la quantité moyenne d’alcool consommé hebdomadairement se situe dans les limites d’une consommation modérée.

Afin d’éviter les ivresses, une consommation modérée, régulière et responsable nécessite que les gens limitent autant leur consommation d’alcool par occasion que leur consommation hebdomadaire moyenne.

Les effets bénéfiques d’une CMRA sur la santé

La consommation modérée et régulière d’alcool est associée à une diminution de risques de certaines maladies. D’après le corpus de travaux disponibles sur le sujet, c’est surtout au chapitre des maladies cardiovasculaires que se manifestent les bénéfices d’une consommation modérée et régulière (Meister et al., 2000).

Les maladies cardiovasculaires

Indépendamment d’autres facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, tels que le tabagisme, les habitudes alimentaires et l’obésité, la consommation modérée et régulière d’alcool serait associée à une diminution de risque de ce type de maladie (Corrao et al., 2000; Klatsky, 1999; National Health & Medical Research Council, 2001; National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism, 1999, 2000b; Thun et al., 1997). Cela dit, c’est une petite quantité d’alcool qui peut entraîner une diminution de risque de maladies cardiovasculaires. Prendre un à deux verres par jour est associé à une diminution de risque d’au moins 30 % alors qu’à de plus hauts niveaux de consommation, l’effet bénéfique de l’alcool est annulé (Gaziano et al., 1993; Marmot & Brunner, 1991; Pearson, 1996; Thun et al., 1997). Il faut aussi mentionner que les effets protecteurs de l’alcool ont jusqu’à présent uniquement été observés chez les personnes plus âgées – à partir de la quarantaine chez les hommes et à partir de la ménopause chez les femmes – et c’est auprès des personnes âgées de 60 ans et plus que les effets protecteurs de l’alcool seraient les plus évidents. En fait, les effets bénéfiques d’une consommation modérée et régulière d’alcool pourraient ne se faire ressentir que chez les personnes présentant des risques élevés de maladies cardiovasculaires (Ashley, 2000).

Les accidents vasculaires cérébraux

Il est très difficile de définir précisément la relation entre une consommation modérée et régulière d’alcool et les accidents vasculaires cérébraux puisqu’il existe deux types d’accidents aux causes fort différentes. Un accident vasculaire cérébral ischémique ressemble beaucoup à une crise cardiaque, à l’exception que l’AVC ischémique implique un blocage des artères du cerveau plutôt que de celles amenant le sang au cœur. Par ailleurs, un accident vasculaire cérébral hémorragique est causé par un tout autre mécanisme impliquant la rupture d’une artère par anévrisme ou par sclérose au cerveau (Fournier & Nadeau, 1997).

Puisque l’alcool augmente de façon bénéfique le taux de cholestérol HDL qui prévient la formation de caillots sanguins, on s’attend à ce qu’une consommation modérée et régulière d’alcool réduise le risque d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques. Inversement, ce même effet préventif qu’a l’alcool sur la formation de caillots sanguins augmente le risque d’accidents vasculaires cérébraux hémorragiques (Ashley, 2000; Camargo, 1999; Fournier & Nadeau, 1997; Klatsky, 1999; Meister et al., 2000) Par conséquent, l’effet global de l’alcool sur les accidents vasculaires cérébraux dépend du type d’accidents qui prédomine dans une population donnée, soit ischémique chez les gens d’âge moyen et les personnes âgées de populations occidentales et hémorragique chez les jeunes adultes et les non-occidentaux.

Les maladies artérielles périphériques

Une maladie artérielle périphérique est une condition où la circulation sanguine aux bras et aux jambes est compromise en raison du rétrécissement des vaisseaux sanguins, ce qui entraîne une perte de sensations et un affaiblissement des muscles (National Health and Medical Research Council, 2001; U.S. Department of Health and Human Services, 2000a). Une consommation modérée et régulière d’alcool est associée à une réduction du risque de maladies artérielles périphériques (Ashley, 2000; Camargo, 1999; Meister et al., 2000; National Health and Medical Research Council, 2001; U.S. Department of Health and Human Services, 2000a). Puisque les maladies artérielles périphériques et les accidents vasculaires cérébraux sont des affections qui ont en commun une même pathologie – la présence d’athérosclérose – il est pressenti que les effets protecteurs soient similaires (Meister et al., 2000; National Health and Medical Research Council, 2001).

Les diabètes

Plusieurs études ont indiqué que l’alcool pourrait avoir un effet protecteur contre le développement du diabète de type 2 qui se développe habituellement après 45 ans et qui se manifeste lorsque l’insuline continue d’être produite mais que, pour diverses raisons, elle n’est pas bien utilisée dans le corps (Ashley, 2000; Klatsky, 1999; Meister et al., 2000). Les buveurs modérés auraient environ 30 % moins de chance que les abstinents de développer ce type de diabète (Gurwitz, 1994; Perry et al., 1995; Rimm et al., 1995; Stampfer et al., 1988). On croit que cet effet bénéfique est dû au fait que l’alcool permette aux cellules du corps humain d’être plus sensibles à l’insuline et, par conséquent, permette au corps de mieux contrôler le niveau de glucose dans le sang (Meister et al., 2000).

Les calculs biliaires (Lithiase ou cholélithiase)

Plusieurs études montrent qu’une consommation modérée et régulière d’alcool est associée à un risque réduit de calculs biliaires (Ashley, 2000; Camargo, 1999; Klatsky, 1999; Meister et al., 2000). La formation de calculs biliaires serait prévenue en raison des effets de l’alcool sur la formation d’acide biliaire et sur le HDL, soit le bon cholestérol (National Health and Medical Research Council, 2001).

Les effets psychosociaux

L’alcool est reconnu pour avoir certains effets bénéfiques sur la condition psychosociale des individus, à la fois dans la tradition populaire et dans la recherche. Une consommation modérée et régulière d’alcool favorise la relaxation, réduit le stress et améliore l’humeur et la sociabilité (Ashley, 2000; Brodsky & Peele, 1999; Meister et al., 2000; Saunders, 1998; US Department of Health and Human Services, 2000a). Brodsky & Peel (1999) mentionnent qu’une consommation modérée et régulière d’alcool peut avoir un impact positif sur la sociabilité, la cohésion sociale, la créativité et les moments de loisirs.

Les autres effets bénéfiques

D’autres effets bénéfiques sont suggérés par la recherche. Ainsi, l’alcool permettrait de réduire les risques rhumatoïdes ou de rhumatismes chez les femmes, d’arthrite, de pierres aux reins, d’infections ainsi que de simples grippes. On a aussi émis l’hypothèse que l’alcool puisse être associé à une augmentation de la densité minérale des os (Ashley, 2000; Meister et al., 2000; National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism, 2000a).

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