Alcool au volant : quand on se regarde, on se console, mais quand on se compare, on se désole.

Alors que systématiquement, chaque fin de semaine apporte son lot de drames évitables, il est utile de faire le point sur le chemin parcouru en matière de conduite avec les facultés affaiblies, mais, surtout, sur celui qu’il reste à parcourir. De fait, si la tendance se maintient, le Québec connaîtra en 2011 sa meilleure année sur le plan de la sécurité routière. Déjà 2010 avait marqué un réel progrès et tout porte à croire que nous allons faire encore un pas en avant.

Cela dit, nous pouvons toujours faire mieux par la simple mise en œuvre de mesures qui ont fait leurs preuves de manière déterminante :

1.- En augmentant considérablement la perception que les personnes conduisant avec les facultés affaiblies se feront épingler. On y parviendra en accroissant les contrôles routiers, particulièrement aux heures et aux endroits les plus à risque, en les publicisant largement auprès de la population et en simplifiant les procédures policières. Les conducteurs, en voyant régulièrement des barrages policiers, subissent eux-mêmes des contrôles et voient leurs proches en subir sur une base permanente.

2.- En rendant obligatoires les cours de formation pour les serveurs et barmen des établissements licenciés. Ce cours porte le nom d’Action service et il a été développé par Éduc’alcool et l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. En effet, parce que beaucoup de conducteurs avec les facultés affaiblies fréquentent les bars et les établissements publics qui servent de l’alcool, il faut rendre obligatoires des cours certifiés pour les serveurs afin de les renseigner sur leurs responsabilités sociales, culturelles, réglementaires et légales. Dans les États où ces cours sont obligatoires, on a assisté à une réduction considérable de la conduite en état d’ébriété.

3.- En obligeant les récidivistes de l’alcool au volant à avoir, à vie, un anti-démarreur éthylique intégré à leur véhicule. De fait, il a été clairement démontré que comparativement à ceux dont le permis de conduire est simplement révoqué, ceux qui ont un anti-démarreur affichent entre 40 et 95 % moins de récidive. Cet instrument prévient donc efficacement la conduite en état d’ébriété tant qu’il est installé dans le véhicule. Une fois l’outil retiré, les conducteurs affichent des taux de récidive comparables, sinon plus élevés que ceux des conducteurs dont on a simplement révoqué le droit de conduire.

4.- En légalisant les tests d’haleine aléatoires pour simplifier et rendre plus efficaces les procédures de contrôles policiers. Ces tests qui permettent à la police de mesurer l’alcoolémie de tout conducteur, ont largement contribué à améliorer le bilan routier dans les régions où ils ont été implantés. Il faudrait les mettre en œuvre de la même manière que l’on a imposé à tout voyageur qui souhaite prendre l’avion de se soumettre à une procédure très stricte de sécurité.

5.- Enfin, le Québec doit cesser d’être si timoré lorsqu’il est question de sécurité routière. Les programmes de dénonciation des conducteurs en état d’ébriété qui s’implantent actuellement au Canada anglais, tel le RID (Report Impaired Drivers), qui invite les citoyens à dénoncer sur le champ à la police les conducteurs délinquants, ne correspondent nullement à la mentalité du Québec et n’auraient chez nous aucune chance de succès. Mais entre la délation et la valorisation des comportements irresponsables et criminels, il y a sans aucun doute un juste milieu.

À l’opposé, il est inacceptable que l’on ait de la tolérance pour ces soi-disant bons samaritains qui signalent sur les réseaux sociaux l’existence de barrages policiers afin d’aider des conducteurs éméchés à les éviter ou à les contourner. Il est tout aussi incompréhensible que l’État québécois en vienne à pratiquement s’excuser de faire respecter les lois.

Notre pays, bien qu’améliorant sans cesse son bilan en matière de conduite avec les facultés affaiblies, fait encore piètre figure sur la scène mondiale. « Peut faire mieux » pourrait-on écrire sur notre bulletin de notes, car lorsque l’on se regarde, on se console, mais quand on se compare, on se désole.

Hubert Sacy
Directeur général d’Éduc’alcool