Consommation régulière modérée ou occasionnelle excessive ?

C’est l’été. Partout, les terrasses surgissent ; on sort le cidre pétillant, les rosés, les boissons prémélangées, la bière froide et la sangria. Et comme il fait beau, on sirote son verre dehors, au balcon ou sur le bord de la piscine, lentement ou rapidement, selon le cas ; et puis un autre, et un autre encore… Et parfois, on pousse un peu trop loin le bouchon. Mais, « c’est pas grave; c’est l’été », dira-t-on.

Ce « c’est pas grave » est pourtant bien plus répandu qu’on ne le pense. Même chez nous.

En effet, les plus récentes recherches d’Éduc’alcool ont fait ressortir des croyances surprenantes: un trop grand nombre de Québécois associe la consommation régulière, même très modérée, à l’alcoolisme tout en manifestant une bienveillante tolérance face à la consommation excessive, pourvu qu’elle soit occasionnelle. Cela va si loin qu’une majorité pense que boire aux niveaux de consommation d’alcool à faible risque (2 verres par jours et 10 par semaine pour les femmes et 3 verres par jour et 15 par semaine pour les hommes) rend alcoolique. Beaucoup trop pensent que la modération, c’est de ne pas boire en semaine.

Bref, « se paqueter c’est correct » si c’est de temps en temps ou si c’est l’été, mais boire tous les jours serait signe de dépendance. C’est évidemment absurde. Et c’est faux.

Il a, de fait, été démontré à répétition que l’effet favorable de l’alcool se manifeste quand il y a consommation régulière et à petites doses. Et que le pire modèle de consommation, c’est boire de grandes quantités d’alcool par occasion puis d’observer plusieurs jours d‘abstinence. Autrement dit, il vaut infiniment mieux boire régulièrement de petites quantités d’alcool que de boire beaucoup de temps en temps.

L’été est la saison de ce que les scientifiques appellent le « time out », que l’on peut traduire par la « pause » ou la « récréation ». C’est ce qui arrive par exemple, lorsque l’on passe une semaine dans le sud l’hiver dans un club « tout-inclus » où l’alcool est offert. Des personnes habituellement très raisonnables se permettent de boire jusqu’à n’en plus soif, parce que, c’est les vacances, qu’on est dans le sud, que c’est la fin de semaine ou qu’il fait beau. Et chez nous, c’est parce que c’est l’été.

Au quotidien, dans nos vies, boire marque le passage entre le travail et les loisirs. L’apéritif est le passage entre du boulot à la détente, les multiples apéros celui du passage de l’hiver à l’été. Bref, dès que l’on sort de la routine, on s’autorise des choses que l’on ne se permet pas habituellement. Et la société est malheureusement trop tolérante face à l’excès occasionnel.

C’est à un véritable changement de culture que nous invite Éduc’alcool qui nous rappelle sans cesse que prendre un coup, ne serait-ce qu’une fois, c’est prendre un coup… de trop et qu’hiver comme été, la modération a bien meilleur goût.

Hubert Sacy
Directeur général