De l’intégrité et de la crédibilité d’Éduc’alcool

Éduc’alcool n’a pas l’habitude de commenter les éditoriaux, mais, dans le cas d’un éditorial paru dans Le Soleil du 13 avril 2013, il s’est senti obligé de répondre à des critiques sans précédent  qui démontrent un manque de connaissance de notre organisme, une méconnaissance de l’ampleur de ses programmes de prévention et des raisons qui font qu’après 23 ans de travail acharné, de rigueur incontestée et de réalisations reconnues, Éduc’alcool soit devenu LA référence en matière de prévention dans le domaine de l’alcool au Québec, au Canada et, oui, dans le monde.

Il ne s’agit pas là d’autosatisfaction complaisante et de « pettage de bretelles », mais de contrer l’affirmation absurde selon laquelle Éduc’alcool n’a « ni l’indépendance, ni la crédibilité, ni la légitimité de faire de la prévention »; ce qui est profondément injuste et pleinement immérité.

Jamais auparavant notre organisme n’avait subi une telle attaque. Et pour cause : son bilan, sa reconnaissance et sa rigueur parlent par eux-mêmes.

Nous savons tous que c’est à ses fruits qu’il faut juger l’arbre. Regardons donc d’un peu plus près ce qu’est Éduc’alcool, la crédibilité dont il jouit et les réalisations qui expliquent cette reconnaissance.

Éduc’alcool est né en 1989, à la fois d’une volonté et d’une contrainte. La volonté, c’est celle des partenaires de l’industrie québécoise des boissons alcooliques (sauf les brasseurs) de remplir leurs responsabilités sociales. La contrainte, c’est le règlement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de des boissons alcooliques – Loi sur les permis d’alcool, qui oblige l’industrie à soumettre chaque année à la Régie des alcools, des courses et des jeux sa contribution à la prévention, à la recherche ou au traitement pour compenser les méfaits causés par l’abus de l’alcool.

Par la suite, Éduc’alcool a décidé, de son propre chef et sans la moindre obligation, d’ouvrir ses rangs à des personnes issues de la société civile, précisément pour ne pas être « la chose de l’industrie et des organismes d’État ». Les statuts d’Éduc’alcool font en sorte que ni l’industrie, ni les organismes gouvernementaux, ni la société civile ne disposent d’une majorité à notre conseil d’administration. Plus encore, nos statuts interdisent qu’une personne issue de l’industrie ou d’un organisme gouvernemental puisse accéder à la présidence.

Il y a trois ans, à l’occasion du 20e anniversaire de la fondation d’Éduc’alcool, l’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité de ses membres une résolution qui « félicite Éduc’alcool pour sa contribution exemplaire à la responsabilisation et à la sensibilisation des Québécois face à leur consommation d’alcool ».
 
Cette reconnaissance n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de notre travail de prévention dont les projets sont légion. En effet, depuis sa fondation, Éduc’alcool s’est pleinement consacré à l’éducation des Québécois en matière d’alcool et à des programmes de prévention. Il a bénéficié de multiples partenariats avec un grand nombre d’organismes privés et publics qui sollicitent son expertise et ses connaissances et lui accordent une grande crédibilité.

Ces programmes et projets s’adressent à une multitude de groupes cibles tels que :
 

  • Les écoliers, avec À toi de jouer qui s’adresse aux enseignants des niveaux primaire et secondaire, grâce à son partenariat avec les commissions scolaires, avec L’Impro Éduc’alcool-Juste pour rire, un concours annuel d’improvisation qui a rejoint des dizaines de milliers de jeunes dans les écoles et avec Pocheville.ca un site Internet qui a rejoint plus de 145 000 jeunes, un succès sans précédent.
  • Les étudiants des niveaux collégial et universitaire, par des campagnes menées en collaboration avec les établissements d’enseignement. La campagne contre le calage d’alcool a d’ailleurs été citée comme un modèle du genre dans le monde. Elle a permis d’enrayer en quatre ans l’organisation de concours de calage dans les collèges et universités.
  • Les femmes enceintes, avec « La grossesse et l’alcool en questions » conçu avec le Collège des médecins du Québec qui nous a trouvé suffisamment crédibles pour s’associer à nous dans ce projet et qui est utilisé par tous les gynécologues et autres médecins qui accompagnent les femmes enceintes et celles qui souhaitent le devenir.
  • Les parents, avec le programme « Parler d’alcool avec ses enfants sans être dépassé » qui a été diffusé à plus d’un quart de million d’exemplaires au Québec, dont l’évaluation a été exceptionnelle et qui a été repris dans quatre provinces et territoires au Canada et par huit pays étrangers.
  • Les apprentis conducteurs, avec le programme « Boire. Conduire. Choisir » qui est diffusé dans les écoles de conduite du Québec en partenariat avec elles.
  • Les bateliers, les chasseurs et les pêcheurs grâce à des programmes ciblés, réalisés notamment avec la Société de sauvetage.
  • Les jeunes internautes avec le programme « Question d’alcool : À toi de jouer », un programme pédagogique accessible sur notre site Internet.
  • L’ensemble des buveurs québécois, que nous informons sur les divers aspects de la consommation d’alcool et ses effets sur la santé, avec la collection Alcool et Santé qui en est rendue à dix publications. Cette collection jouit d’une crédibilité telle, qu’elle est diffusée dans les hôpitaux et les CLSC du Québec.


Autre initiative : le développement d’un calculateur d’alcoolémie sur notre site et d’applications pour téléphones intelligents sur les plateformes iPhone et Android, d’un « Calcoolateur ». Ces outils permettent aux consommateurs de calculer leur taux d’alcoolémie en fonction de leur consommation. Ils connaissent un succès tout à fait remarquable; des dizaines de milliers de Québécois y ont eu recours, faisant d’eux des instruments de prévention fort efficaces de la conduite avec les facultés affaiblies.
 
Notons également la création du cours Action Service, mis sur pied par notre organisme il y a douze ans conjointement avec l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec et avec la collaboration de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Depuis quelques années, nous revendiquons vigoureusement, et en toute indépendance, que l’État rende le cours obligatoire et nous poursuivrons sur cette voie tant qu’il ne le sera pas.

Par ailleurs, Éduc’alcool mène systématiquement, tous les cinq ans, la plus vaste enquête sur la relation des Québécois à l’alcool. C’est cette enquête qui est le plus sérieux indicateur des problèmes liés à l’alcool et c’est elle qui les met le plus en évidence. Là encore, c’est une référence incontournable.

Et pour conclure ce chapitre, sachez qu’Éduc’alcool mesure rigoureusement et scientifiquement ses projets, ses programmes et aussi le niveau de confiance et de crédibilité que les Québécois lui accordent.

Sur le plan canadien, Éduc’alcool est membre du Comité national de la stratégie de l’alcool qui a produit les 44 recommandations de cette stratégie et qui les met en œuvre au quotidien. Ses interventions y sont tout à fait déterminantes et ce n’est pas un hasard si la stratégie canadienne a pour titre « Vers une culture de la modération ».

Aussi, notre organisme a été l’un des quatre participants du comité national d’expert qui a élaboré les niveaux de consommation d’alcool à faible risque, lesquels ont été endossés par l’ensemble des intervenants en prévention, en éducation et en santé du pays. Ils ont été entérinés par tous les ministres de la Santé du Canada. Au Québec, c’est Éduc’alcool qui en assure la promotion. Nous sommes d’ailleurs reconnus comme le leader et le modèle à suivre dans tout le Canada à cet égard.

Plus encore, Éduc’alcool a publié, conjointement avec le Collège des médecins, le Guide sur les niveaux de consommation d’alcool à faible risque pour aider les médecins à parler d’alcool avec leurs patients. Il a fait la même chose avec l’Ordre des infirmières, l’Ordre des dentistes, l’Ordre des psychologues et nous achevons les publications destinées respectivement aux travailleurs sociaux et thérapeutes familiaux, aux diététistes et aux pharmaciens en partenariat avec leurs ordres professionnels respectifs.
 
Enfin, l’expérience d’Éduc’alcool est citée en modèle et ses programmes sont repris et adaptés dans bien pays dont l’Australie, la Suisse, le Portugal, la Suède, la France, la Colombie, le Costa Rica, le Honduras, la République dominicaine, pour n’en citer que quelques-uns. Le rayonnement d’Éduc’alcool déborde nos frontières puisque notre organisme est appelé à présider des colloques internationaux et même à conseiller des gouvernements à l’étranger. C’est une référence mondiale en matière de prévention.

À la lumière de ces faits, on  comprendra notre étonnement et notre déception de voir un éditorial faire fi, d’une seule phrase, de toutes ces réalisations et de toutes ces reconnaissances pour attaquer notre crédibilité, notre légitimité et notre indépendance.

Enfin, je laisse les Québécois eux-mêmes répondre à cette question. Toutes les recherches le prouvent : plus de neuf Québécois sur dix nous considèrent, sans rire, comme un organisme crédible qui est digne de leur confiance.

Hubert Sacy
Directeur général