La consommation des adolescents : les faits

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Fait 1  / Les adolescents commencent à boire tôt

LES ADOLESCENTS COMMENCENT À BOIRE TÔT

Au Québec, l’âge légal pour acheter de l’alcool est de 18 ans. La plupart des jeunes Québécois n’attendent cependant pas leur majorité pour boire leur premier verre.

Une récente étude réalisée au Québec auprès de 481 élèves de 5e et 6e années du primaire a révélé que 50 % des garçons et 35 % des filles de moins de 12 ans avaient déjà consommé de l’alcool et que, parmi ces derniers, ce serait vers l’âge de 9 ans que l’initiation aurait eu lieu. Selon les plus récentes données recueillies auprès de 4 571 élèves de la 1re à la 5e année du secondaire – qui ont participé à l’Enquête québécoise sur le tabac, l’ alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire (2006) –, les adolescents consomment leur premier verre d’alcool à l’âge moyen de 12,7 ans chez les filles et de 12,4 ans chez les garçons.

Cette moyenne se compare à celle qu’a obtenue Statistique Canada dans une étude faite auprès de 4296 adolescents de 12 à 15 ans, qui situe à 12,4 ans l’âge moyen de la première consommation au Canada (1998-1999).

Il faut préciser qu’une première consommation en famille, dans un cadre approprié où tous boivent avec modération, est fort différente de la consommation entre pairs où la prise de risques et les excès sont valorisés. La mesure est la même, mais le résultat diffère totalement en ce qui touche les habitudes de consommation. Dans le premier cas, le jeune apprend que la consommation modérée ajoute au plaisir d’être ensemble et, dans le second, que le but de la consommation est l’intoxication.

Fait 2  / Les adolescents tendent à boire moins qu’avant

En ce qui concerne les habitudes de consommation des adolescents, l’étude québécoise biennale – commencée en 2000 – établit un constat encourageant, quoique toujours inquiétant.

La proportion des élèves du secondaire qui disent avoir consommé un verre d’alcool au cours des douze derniers mois a significativement diminué en six ans, mais elle demeure élevée. De 2000 à 2006, elle est passée de 71,3 % à 60,4 %.

Fait 3  / La majorité des adolescents sont des buveurs occasionnels

Parmi les préadolescents qui disent avoir déjà consommé de l’alcool, la quasi-totalité (89 %) sont des explorateurs qui déclarent avoir bu quelques gorgées ou au maximum un verre d’alcool, quelques fois l’année précédente. Parmi les élèves du secondaire qui boivent de l’alcool, la majorité (62,2 %) sont des buveurs occasionnels qui consomment moins d’une fois par mois ou disent avoir consommé environ une fois par mois au cours des douze mois ayant précédé l’enquête. Soulignons cependant qu’en secondaire 4 et 5, respectivement 30 % et 36,8 % d’entre eux sont des buveurs réguliers, consommant de l’alcool au moins deux fois par semaine.

Chez les adolescents, la modération n’est malheureusement pas au rendez-vous. Au contraire, leur consommation se caractérise par l’absorption de grandes quantités d’alcool en une même occasion, ce qui est corroboré par plusieurs enquêtes européennes et américaines. Parmi les élèves québécois du secondaire qui disent avoir consommé de l’alcool au cours des douze derniers mois, 67,4 % des garçons et 64,6 % des filles ont pris cinq verres ou plus lors d’une même occasion. À titre de comparaison, 50 % des consommateurs d’alcool au sein de la population adulte québécoise dit consommer de façon excessive au moins une fois par année.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, les prévalences des épisodes de consommation excessive et de consommation excessive répétitive augmentent de manière significative avec l’âge des adolescents. « À 12 et 13 ans, la prévalence du boire excessif double pratiquement en passant de 30 % à 53 %. De 13 à 15 ans, elle augmente encore, de 53 % à 68 %. Ensuite, à chaque âge, cette prévalence continue d’augmenter, de 68 % (15 ans) à 78 % (16 ans), puis à 83 % (17 ans ou plus). Le même phénomène s’observe en ce qui a trait à la prévalence du boire excessif répétitif (consommer excessivement au moins cinq fois au cours des douze derniers mois). Chez les 15 ans et moins, cette prévalence passe de 6 % à 24 %, pour atteindre 36 % et 42 % chez les élèves de 16 ans et de 17 ans ou plus. » Bref, plus d’un jeune adolescent sur 20 et au moins le tiers des adolescents de 16- 17 ans s’intoxiquent fréquemment.

Fait 4  / Plus on mélange alcool et boissons énergisantes, plus on boit

Si les adolescents ont déjà tendance à consommer excessivement lors d’une même occasion, l’arrivée sur le marché des boissons énergisantes et leur grande popularité auprès de cette clientèle sont deux sujets de risque aggravant. Selon l’Institut Marin en Californie, 31 % des jeunes de 12 à 17 ans sont des consommateurs réguliers de boissons énergisantes.

Ces boissons contiennent de la taurine*, du glucuronolactone** et environ 80 mg de caféine, soit l’équivalent d’une tasse de café. Ces boissons sont vendues et consommées pour l’effet stimulant qu’elles procurent, surtout lors des fêtes (partys ou raves).

Les adolescents mélangent alcool et boisson énergisante pour rester éveillés plus longtemps, mais aussi pour réduire le goût déplaisant de l’alcool. Il faut donc s’attendre à ce que ce mélange augmente le nombre de verres d’alcool consommés par occasion, ainsi que la vitesse d’ingestion de l’alcool.

Une étude corrobore cette idée, puisque celui qui mélange, comparativement à celui qui ne mélange pas :

  • boit de plus grandes quantités par occasion (5,8 contre 4,5 verres) ;
  • boit de plus grandes quantités maximales par occasion (8,3 contre 6,1 verres) ;
  • a deux fois plus d’épisodes hebdomadaires d’intoxication (1,4 contre 0,73 épisodes).
*Taurine : acide aminé initialement isolé dans la bile de taureau, mais produit synthétiquement pour les boissons énergisantes.
**Glucuronolactone : composant chimique produit naturellement dans le foie humain par le métabolisme du glucose.
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