Les Québécois et l’alcool

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Une vigilance nécessaire, des problèmes réels

Ces bonnes nouvelles ne doivent cependant pas nous faire perdre de vue le fait que la vigilance s’impose et qu’elle est plus que jamais nécessaire. En effet, nous ne pouvons pas être indifférents au fait que 10 % des buveurs réguliers ont senti que leur consommation nuisait à leur santé au cours de la dernière année.

Pas plus que nous ne pouvons ignorer les 6 % à 7 % de consommateurs qui disent boire des quantités excessives d’alcool sur une base hebdomadaire.

À présent que les niveaux de consommation d’alcool à faible risque sont connus et largement diffusés, nous ne pouvons pas demeurer insensibles au fait que 27% de consommatrices d’alcool et 37% des consommateurs ont dépassé au moins une fois par mois au cours de la dernière année, les limites recommandées de 3 verres pour les femmes et de 4 verres pour les hommes.

Il importe plus que jamais de faire valoir que la modération est une règle qui ne souffre pas d’exception et que prendre un coup, ne serait-ce qu’une fois, c’est prendre un coup de trop. On ne peut pas non plus être indifférent au fait que 6 % des conducteurs québécois admettent avoir conduit un véhicule avec un taux d’alcoolémie supérieur à la limite légale.

Par ailleurs, nous pouvons certes nous réjouir du fait que la quasi-totalité des Québécois connaît les recommandations d’Éduc’alcool aux femmes enceintes : s’abstenir de consommer de l’alcool à partir du moment où l’on choisit de devenir enceinte et durant la grossesse. Cependant – c’est sans doute parce que des preuves scientifiques irréfutables n’existent pas à ce sujet –, une majorité de Québécois pensent que la consommation occasionnelle d’alcool comporte un faible risque ou pas de risque du tout pour le foetus. Il n’est donc pas étonnant que près de 3 Québécois sur 10 considèrent acceptable qu’une femme enceinte consomme occasionnellement de l’alcool durant sa grossesse.

Des projets qui s’imposent

L’enquête de 2012, à l’occasion de laquelle nous avons posé de nouvelles questions relativement aux niveaux de consommation d’alcool à faible risque a fait ressortir une relation parfois contradictoire des Québécois avec l’alcool et certains préjugés sans doute hérités des croyances du passé.

Ainsi, on observe une certaine tolérance envers la consommation excessive lorsqu’elle est occasionnelle, même pour les femmes enceintes, et l’on reconnaît volontiers que l’on a dépassé les seuils de consommation recommandés de temps à autre, souvent au moins une fois par mois.

Par contre, la méfiance est forte à l’égard de la consommation régulière, même si elle se situe à l’intérieur des limites de consommation d’alcool à faible risque. De fait, une femme qui boirait 2 verres par jour, 5 jours par semaine et un homme qui en boirait 3 sur 5 ou 6 jours sont considérés comme des alcooliques en puissance par 7 Québécois sur 10. Et même lorsque leur consommation est ramenée à un verre par jour 5 ou 6 jours par semaine, près de la moitié de nos concitoyens évoquent l’alcoolisme.

Il y a là un défi considérable pour Éduc’alcool pour rééquilibrer chez les Québécois le rapport quantité-fréquence dans la consommation d’alcool. Il nous faudra dédramatiser la consommation régulière – pourvu qu’elle se situe dans les paramètres à faible risque – et mettre en garde contre la consommation excessive, même occasionnelle. Nous sommes conscients que nous devrons affronter des opinions et des perceptions solidement enracinées, mais c’est là le lot de tout organisme d’éducation.

Une autre grande leçon de ce sondage est qu’il ne faut pas baisser la garde ni abandonner le terrain de la sensibilisation. Ainsi, il n’est pas réjouissant de constater qu’il n’y a plus que 3 Québécois sur 10 qui savent qu’il y a autant d’alcool dans un verre de bière que dans un verre de vin que dans un verre de spiritueux. Ils étaient 53 % il y a dix ans et 43 % il y a cinq ans. Nous avons perdu 20 points en dix ans et sommes pratiquement revenus au niveau de 1996, alors que nous étions 28 % à le savoir. L’explication est simple : au cours des dix dernières années, nous avons peu traité de ce thème. Les résultats nous le rappellent clairement.

Enfin, les Québécois nous ont dit clairement sur quels sujets nous devrions les renseigner davantage : comment parler d’alcool avec les enfants, les plus récentes données scientifiques relatives aux effets bénéfiques ou nocifs de la consommation et enfin l’alcool et la santé. Ces trois thèmes sont en tête de leurs préoccupations.

Les Québécois nous ont aussi fait part de leurs besoins concrets. Ils souhaitent consommer de l’alcool, mais ils veulent aussi que nous continuions à les aider à mieux boire. Nous répondrons donc à ces besoins en leur donnant des informations pratiques : la responsabilité des hôtes lorsqu’ils reçoivent des invités à la maison, des outils pour mesurer le taux d’alcoolémie, la quantité d’alcool que l’on peut consommer avant de conduire, ce que signifie un verre standard. En un mot, les Québécois nous demandent de continuer à les responsabiliser concernant leur consommation d’alcool.

L’alcool au volant : une vision confortée

Cette année, notre enquête a approfondi la question de l’alcool au volant. Et ses résultats démontrent clairement qu’Éduc’alcool avait visé juste en préconisant des mesures fondées sur des recherches menées ici et ailleurs ou encore qu’il préconisait de manière intuitive.

De plus en plus de Québécois (83 %) estiment que ce qui est criminel, c’est de conduire après avoir abusé de l’alcool et non pas d’avoir conduit après avoir pris un verre. Ils étaient 76 % à le penser il y a cinq ans. Par ailleurs, alors qu’une faible majorité de Québécois était en faveur d’une loi imposant le zéro alcool à tous les conducteurs, il y a désormais une bonne majorité (62 %) qui s’y oppose. De fait, seuls 3 Québécois sur 10 estiment que la loi actuelle n’est pas assez sévère.

Éduc’alcool a pris une position claire sur la conduite avec les facultés affaiblies. Notre organisme a soutenu, sur la base de données scientifiques reconnues, que le premier déterminant des changements de comportements sur les routes est la perception que l’on va se faire arrêter si l’on viole les lois. Et il a revendiqué haut et fort, comme préalable à toute discussion sur le taux d’alcoolémie, l’accroissement de barrages policiers et leur publicisation.

Et les Québécois lui ont donné raison. Si 6 % des conducteurs ont pris le volant, alors qu’ils avaient dépassé la limite légale pour conduire, c’est en bonne partie parce que les deux tiers des conducteurs considèrent qu’ils ont peu ou pas de risque de se faire intercepter pour alcool au volant au Québec.

Cela est parfaitement normal lorsque l’on sait maintenant que 7 conducteurs sur 10 n’ont pas passé une seule fois par un barrage policier au cours de la dernière année (ce résultat augmente à 75 % dans la région de Montréal) et, pire encore, que près des deux tiers n’en ont même pas aperçu un seul au cours des 12 derniers mois.

Nous continuerons donc à revendiquer la mise en oeuvre des mesures essentielles comme préalable à toute discussion sur le sujet de l’alcool au volant.

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