Les effets de l’augmentation de la perception de se faire prendre si l’on conduit avec les facultés affaiblies

Comment augmenter la perception que l’on va se faire prendre si l’on conduit avec les facultés affaiblies

Parce que la certitude de la sanction et la probabilité objective de l’arrestation sont les mesures les plus efficaces pour influencer les conducteurs les plus susceptibles de conduire avec de haut taux d’alcoolémie, il faut d’abord et avant tout simplifier les procédures policières et appliquer les lois dans toute leur rigueur, particulièrement aux heures et aux endroits les plus à risque.

C’est ce qu’a affirmé Éduc’alcool dans ses mémoires relativement aux divers projets de loi visant à réformer le code de la sécurité routière. Ce faisant, l’organisme rejoignait l’une des plus importantes recommandations de la Table québécoise sur la sécurité routière qui portait le numéro 6 et qui se lit ainsi :

Augmenter la perception du risque d’être intercepté

Sans mesures d’exécution de la loi, les citoyens ne croiront pas qu’ils risquent de se faire prendre et d’être punis et ils pourraient ne pas être suffisamment incités à se conformer à la loi.

Parmi les mesures les plus efficaces que l’on puisse implanter pour augmenter la perception qu’on va se faire prendre si on conduit avec les facultés affaiblies on note les suivantes : augmenter considérablement le nombre de barrages policiers, les rendre très visibles, particulièrement aux heures et aux endroits les plus à risque et en publiciser l’existence.

Cela signifie que l’on multiplie les barrages policiers aux moments où il y a le plus de conducteurs sur les routes, aux heures les plus achalandées les soirs et les fins de semaine, de façon à ce que tous, voient sur une base régulière, des barrages policiers, subissent eux-mêmes des contrôles et voient leurs proches en subir, et ce, sur une base permanente et non seulement sur une base occasionnelle.

Cela signifie aussi qu’il importe de couvrir les moments les plus à risque telles les heures tardives les vendredis et les samedis, les environs des bars et des établissements licenciés quitte à ce que cela perturbe quelque peu le flux de la circulation.

Il n’importe pas que tous les conducteurs soient testés. Il importe toutefois que tous voient qu’il y a des barrages et sentent que leurs chances de se faire prendre se sont élevées.

En plus d’établir des barrages policiers, il importe aussi de le faire savoir aux citoyens. Il faut communiquer le fait qu’il y aura deux fois, trois fois plus de barrages policiers. Il faut également faire en sorte que les médias et les citoyens parlent de ce déploiement.

Tous les barrages devraient systématiquement être communiqués aux médias qui pourraient annoncer aux citoyens à quel endroit et à quelle heure des barrages policiers sont établis.

Publiciser les arrestations et les sanctions

Le nombre des arrestations, des poursuites entamées doit également faire l’objet de communication publique. Plus encore, les procureurs de la Couronne doivent réclamer les sentences les plus sévères dans chaque catégorie de crime et exiger des tribunaux des sentences exemplaires sans le moindre laxisme. Ces condamnations devront aussi également être largement diffusées et communiquées au public. Il est essentiel que la population s’aperçoive que les autorités publiques sont sérieuses lorsqu’il s’agit d’appliquer la loi. Le risque annoncé doit être soutenu par des actions réelles de la part des policiers. De fait, en plus de la probabilité d’être arrêté ou de la fréquence des contrôles, il faut des sanctions sévères et des sanctions promptement appliquées. Selon Dionne et al., (2004), ce sont ces trois facteurs qui caractérisent l’efficacité d’un régime de contrôle routier pour dissuader les infractions au Code de la route.

D’autres mesures permettent d’accroître les chances de se faire prendre si l’on conduit avec les facultés affaiblies. Évoquons ici l’expérience-pilote actuellement en cours en Saskatchewan : RID (Report Impaired drivers).

Par cette campagne, on invite tous les citoyens, conducteurs ou non, à appeler le 9-1-1 et à rapporter à la police tout conducteur en état d’ébriété sur les routes. On informe les citoyens des signes qui permettent de reconnaître qu’un conducteur a les facultés affaiblies et on leur demande de faire leur part de manière à ce que la lutte à ce fléau soit l’affaire de tous. Les résultats ont été probants : pour la seule ville de Saskatoon, entre mars et septembre 2010, il y a eu 1 050 appels rapportant des conducteurs avec les facultés affaiblies et 71 condamnations par les tribunaux.

Il n’est pas dit que cette mesure corresponde à la mentalité québécoise et nous ne sommes pas en mesure d’affirmer qu’elle serait bien reçue par la population. Nous croyons donc qu’il est nécessaire de mesurer son seuil d’acceptabilité avant de la mettre en oeuvre. Il reste toutefois que c’est assurément une mesure qui accroit la perception du risque de se faire épingler si l’on conduit avec les facultés affaiblies.

Mener des campagnes de sensibilisation

Parallèlement à cela, il est essentiel de mener de vastes campagnes de sensibilisation à la probabilité des sanctions et ce, à l’année longue et non seulement, trois ou quatre semaines par an. L’acceptabilité sociale de la sanction est un élément essentiel à l’efficacité de la mesure. Il faut en faire un sujet qui soit systématiquement et régulièrement à l’ordre du jour du débat public. Les messages peuvent être diffusés dans les médias et sur le web et mettre l’accent soit sur les conséquences légales ou sociales associées à la conduite en état d’ébriété.

À cet égard, les résultats de l’évaluation post-campagne de la campagne Alcool 2010 de la SAAQ indiquent que de telles publicités peuvent avoir un bon taux de pénétration au sein de la population générale (SAAQ, 2010). En effet, ce sont 78 % des Québécois qui, spontanément, se souviennent d’avoir vu, lu ou entendu de la publicité sur l’alcool dans le mois précédent le sondage.

Par contre, il faut souligner que peu de slogans portant sur l’alcool au volant sont cités de manière spontanée par les répondants. C’est donc dire qu’il faut mener davantage de larges campagnes de sensibilisation afin que la non-acceptabilité sociale de la conduite avec facultés affaiblies fasse partie des préoccupations constantes des Québécois.

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