Graves inquiétudes devant les nouveaux produits qui ciblent les jeunes

Les nouvelles boissons à base de malt, fortement sucrées et très alcoolisées, inquiètent sérieusement Éduc’alcool à la fois par leur contenu, par leur commercialisation, par leur emballage et par leurs conséquences sur les plus jeunes.

Ces boissons se vendent, entre autres sous les noms de Four Loko et de FckdUp et ont causé des ravages auprès de très jeunes buveurs auxquels, disent leurs fabricants, elles ne sont pas destinées.

Offertes en canette de 568 ml dans les dépanneurs et les épiceries, ces boissons ont un taux d’alcool très élevé, à la limite de ce qui est autorisé pour la vente dans ces établissements, 11,9 %. Une seule canette contient l’équivalent de quatre verres standard d’alcool et de 65 g de sucre, l’équivalent de 13 c. à thé. Cela représente 660 calories sans aucune valeur nutritive. FckdUp contient en plus du guarana, un stimulant naturel qui a été interdit au Four Loko aux États-Unis.

Au cours des dernières semaines, plusieurs jeunes, qui ont trop bu de ces produits, se sont retrouvés dans les urgences des hôpitaux en état d’intoxication avancée.
Les raisons qui motivent les jeunes à consommer ces produits sont multiples. Selon eux, c’est parce que ce sont des boissons à la mode et que tous leurs amis en boivent, mais aussi parce qu’elles saoulent plus vite et qu’elles sont moins chères que la bière. Mais il y a d’autres raisons qu’ils ne citent pas : les fabricants font tout pour attirer les plus jeunes consommateurs et l’État fait preuve d’un laxisme incompréhensible en présence d’un danger amplement démontré.

De fait, même si les fabricants respectent les lois et règlements entourant la mise en marché de ces produits, ces boissons sont conçues pour exacerber les sensations fortes chez les jeunes. Avec de la promotion sur les réseaux sociaux où on peut lire que « la prise de risques fait partie de l’ADN » de Four Loko et que la boisson alcoolisée amène « moins d’excuses, plus d’histoires à raconter ».

Au lancement de FckdUp, le groupe de rap, Les Anticipateurs, a créé une chanson pour l’occasion. Un membre du groupe affirme : « Tu peux boire toute la soirée et tu es ben fucked up » et des filles en tenue sexy, dont des vedettes de la téléréalité Barmaids, se dandinaient au rythme de la musique.

Plus encore, on trouve sur le site de FckdUp la comparaison suivante : « Mettre du guarana dans un nectar de raisin à 11,9 %, c’est comme booster son char sport avec de la nitro. Si tu veux passer de zéro à party en quelques gorgées, bois le mauve. » Édifiant.

Ces boissons sont de plus en plus présentes dans les soirées de jeunes adolescents. Des médias rapportent régulièrement des hospitalisations à la suite d’intoxications. Sur les sites spécialisés et les réseaux sociaux, on trouve aussi de multiples films où les participants enfilent des canettes et finissent gravement malades.

En effet, les produits que contiennent ces boissons, dont le sucre, camouflent l’effet de l’alcool. Elles sont aussi mises en marché de manière à attirer les jeunes par leurs couleurs, les lettres et le design des canettes, ainsi que les communications événementielles et commerciales.

Pourtant, les fabricants de ces boissons se défendent bien de viser les jeunes. Ils affirment que leur mise en marché ne vise que « des adultes de 18 à 25 ans » et que, pour régler le problème, il suffit d’éduquer les jeunes et les adultes à consommer avec modération.

Ce qui est incompréhensible, c’est que les autorités gouvernementales se désintéressent totalement de la question. Les boissons alcoolisées ne sont pas évaluées ou approuvées par Santé Canada avant leur mise en marché. Elles peuvent être vendues légalement si elles respectent les exigences générales en matière de salubrité des aliments et celles qui s’appliquent à ces produits.

Au Québec, on le sait, n’importe qui peut faire n’importe quoi; ce n’est pas nouveau. Mais, signe peut-être encourageant, enfin inquiète du phénomène, l’Assemblée nationale du Québec a demandé un rapport sur « les cas d’intoxication suite à la consommation de boissons à forte teneur en sucre et alcool, notamment chez les jeunes ».