La période que nous vivons, avec ses confinements et son isolement, pourrait entraîner des conséquences non négligeables en matière de consommation d’alcool.

Il est en effet bien connu que le contexte dans lequel les gens se trouvent influence grandement leur modèle de consommation. Or, plus que jamais en ces temps de confinement, ce contexte est profondément modifié et plusieurs des balises habituelles qui déterminent notre consommation sont affectées.

De fait, certains « freins naturels » à la consommation excessive n’existent plus. Pour plusieurs, la volonté de ne pas conduire avec les facultés affaiblies représente ce frein naturel. En temps de confinement, personne ne prend son auto et la tentation de se dire « je ne conduis pas, donc je peux prendre un verre de plus » ne peut que surgir.

Il y a aussi l’accessibilité augmentée. Au travail, que ce soit au bureau, à l’usine, sur le chantier ou au magasin, il n’y a pas d’alcool à portée de main. Ce n’est évidemment pas le cas à la maison où il suffit de tendre le bras pour accéder à la bouteille.

Être confiné, c’est aussi vivre en dehors du temps, un peu comme en vacances où les repères habituels n’encadrent plus la prise de décision : on a plus de temps, on sent moins le besoin d’être alerte, c’est ce que l’on appelle le « temps mort » ou la « pause ». On se permet des choses que l’on ne ferait pas autrement.

Enfin, on ne saurait ignorer l’augmentation du stress, voire de l’angoisse : un petit verre, ça détend, c’est vrai. Mais si un verre en entraîne un autre, c’est là que la tentation de la surconsommation survient.

Que faire dès lors pour demeurer dans la zone de consommation modérée?

En tout premier lieu, on ne le répètera jamais assez : compter ses verres. C’est fou à quel point on sous-estime sa consommation dans la vie de tous les jours et en particulier en temps de réclusion.

Ensuite, tout aussi important, respecter plus que jamais les limites de consommation recommandées : pas plus de deux verres par jour pour les femmes, pas plus de trois verres pour les hommes, avec idéalement deux jours au moins d’abstinence par semaine.

Aussi, alterner les boissons alcooliques avec les boissons non alcoolisées. À cet effet, Éduc’alcool a créé le site alternalcool.com qui offre plus de 150 recettes de délicieux cocktails sans alcool. Pas besoin de boire de l’alcool à tout coup. Ces « mocktails » sont une belle alternative… dont il ne faut pas non plus abuser, car ils sont généralement sucrés et l’excès de sucre n’est évidemment pas recommandé.

À celles et ceux qui cherchent à compenser leur solitude dans la consommation, rappelons que l’alcool n’est pas un médicament et que les magasins qui en vendent ne sont pas des pharmacies. L’automédication n’est pas une solution et l’alcool ne comble pas les manques créés par la solitude. Appelez vos parents et amis, créez des liens avec les autres, prenez l’air, faites de l’exercice, cuisinez. Et en cas de besoin, n’hésitez pas à demander de l’aide.

À celles et ceux qui sont des buveurs excessifs réguliers, un seul conseil : réduisez votre consommation. L’abus régulier d’alcool affaiblit le système immunitaire. Ce n’est vraiment pas la chose à faire dans le contexte.

Pour les gens en bonne santé, prendre un petit verre peut être très agréable et il n’est pas nécessaire de s’en priver en temps de confinement. Même les « apéros virtuels », où des amis se rejoignent par le biais d’applications, peuvent être occasions de convivialité dans la mesure où ils ne deviennent pas une occasion de surenchère et de concours à qui boira le plus.

Et rappelons-nous que, surtout en temps de pandémie et d’isolement, la modération a plus que jamais bien meilleur goût.

Hubert Sacy
Directeur général
Éduc’alcool
Mars 2020