En octobre 2020, loin de faire de son 30e anniversaire une entreprise d’autosatisfaction, Éduc’alcool salue les progrès faits par les Québécois au cours des trois dernières décennies, et souligne l’évolution de leur relation avec l’alcool.

En effet, la prévention est faite de mises en garde, de conseils et de recommandations, mais aussi de renforcement positif. Et tout cela mis ensemble contribue à la réflexion collective sur les questions liées à l’alcool et aux bienfaits de la modération.

Si des progrès ont été marqués dans les trois dernières décennies, de multiples problèmes demeurent et il nous faudra collectivement s’y attaquer.

Les progrès durables ne se manifestent que lorsque tout le monde met la main à la pâte, y compris l’État dont le rôle est essentiel.

Sept défis de taille, à notre mesure

Le Québec devra relever de grands défis au cours des prochaines années. Éduc’alcool en a identifié sept qui lui apparaissent déterminants et propose des pistes pour tenter d’y répondre.

1

Faire davantage respecter les limites de consommation recommandées

Une femme sur cinq et un homme sur quatre dépassent encore les niveaux de consommation à faible risque au moins une fois par mois. Nous pouvons réduire ces seuils par la sensibilisation – ce que nous faisons -, mais aussi en encadrant davantage la commercialisation de la vente d’alcool.

2

Réduire la conduite avec les facultés affaiblies

La proportion des décès dus à la conduite avec les facultés affaiblies a baissé de 20 % en 30 ans, mais 8 % des conducteurs admettent encore aujourd’hui avoir conduit avec une alcoolémie supérieure à la limite légale au moins une fois au cours de la dernière année. Rendre obligatoire la formation Action Service (offerte par l’ITHQ avec l’appui d’Éduc’alcool) pour les serveurs des restaurants et des bars, et augmenter la surveillance des routes par les corps policiers sont nécessaires pour nous faire faire un nouveau pas en avant.

3

Mettre fin aux violences familiale, sexuelle et conjugale sous l’effet de l’alcool

Environ la moitié des cas d’agression sexuelle impliquait une consommation d’alcool chez la victime ou l’agresseur. Il est temps de se pencher plus sérieusement sur cette corrélation.

4

Diminuer le nombre de personnes dépendantes

Même si notre taux de dépendance de 2,7 % est le plus bas au Canada, nous pouvons encore faire mieux en généralisant les programmes de prévention secondaire tels Alcochoix+, en renforçant les mesures de soutien aux organismes de traitement et en accentuant les mesures d’accompagnement.

5

Mieux encadrer la vente et la promotion des boissons alcoolisées

Le chantier est ouvert, mais nous devons absolument mettre fin à des pratiques commerciales et promotionnelles qui poussent à la consommation excessive et instaurer des mesures structurantes. Prix minimum de l’alcool, protection des jeunes contre la publicité sur les médias sociaux et interdiction des promotions excessives en sont quelques-unes.

6

Arrêter de banaliser l’alcool

Trop de nos compatriotes continuent de considérer que l’alcool est un produit comme un autre qui ne doit obéir qu’aux lois du marché. Le discours des tenants du libéralisme à outrance, de la loi de la jungle et de la banalisation de l’alcool présenté comme tout autre produit n’ont plus leur place dans notre société.

7

Cesser de diaboliser l’alcool

Il y a malheureusement encore trop de moralisme et trop de désinformation qui, sous le couvert de la science, jouent sur la peur et nuisent considérablement au véritable travail de prévention. À force de présenter l’alcool comme un produit diabolique, dangereux à tous les niveaux de consommation, assimilé au tabac et aux drogues dures, on en vient à porter atteinte aux organismes qui livrent des messages rigoureux, pondérés et complets sur l’alcool et ses effets.

L’alcool est parmi nous depuis des siècles et il n’est pas près de disparaître. Consommé modérément dans le respect des limites recommandées, il peut être fort agréable. Consommé avec excès, il peut causer des ravages chez les buveurs et leur entourage. Produit unique, à nul autre pareil, il est la quintessence même du slogan d’Éduc’alcool dont les Québécois ont fait un proverbe depuis 30 ans : la modération a bien meilleur goût.

Hubert Sacy
Directeur général d’Éduc’alcool
Octobre 2020