Trop, c’est trop : dépendance et excès

Les effets de la consommation abusive d’alcool sur la santé ne sont pas tous de même nature : il y a d’abord ceux qui sont liés à la dépendance, soit les effets résultant d’une grande consommation d’alcool prise de façon chronique, ensuite ceux qui sont liés à l’excès ou les effets aigus résultant d’une prise unique et démesurée, dont le risque est proportionnel au taux d’alcool dans le sang.

Les personnes qui sont aux prises avec des problèmes de dépendance à l’alcool mettent leur santé en péril et courent notamment le risque de développer une cirrhose du foie. Il est par contre moins connu que la consommation périodique et excessive d’alcool peut endommager à peu près tous les organes du corps humain.

Savoir pour bien décider

Si l’alcool procure du plaisir, il peut aussi causer des problèmes. Lorsqu’on choisit de consommer, il est important de demeurer vigilant : physiquement, l’alcool nous fait-il du bien? Ou, au contraire, nous affecte-t-il de façon négative?

N’oublions pas que…

  • L’alcool est un irritant pour le tube digestif (la bouche, la gorge, l’œsophage, l’estomac, l’intestin), soit pour toute notre tuyauterie intérieure. De plus, l’alcool affecte les conduits qui contrôlent le transit de la nourriture, de la bouche à l’intestin.
  • L’alcool est un aliment et le foie est responsable de sa digestion. Le foie est une petite usine capable de décomposer généralement 15 grammes d’alcool pur à l’heure, soit environ :
    • une bouteille de bière de 340 ml (12 oz) à 5 %;
    • un verre de vin de 140 ml (5 oz) à 12 %;
    • un verre de spiritueux de 45 ml (1,5 oz) à 40 %.

    Lorsque le foie a trop de travail ou qu’il fonctionne moins bien, il réagit en accumulant des graisses résiduelles. Cela affecte son fonctionnement dit normal, pourtant indispensable à notre survie.

  • L’alcool affecte le fonctionnement du cœur et des vaisseaux sanguins bien qu’il ait une fonction protectrice au niveau des artères en favorisant la production de bon cholestérol. Les alcooliques peuvent avoir le cœur malade, mais auront des artères sans gras.
  • L’alcool affecte le cerveau et le système nerveux, notamment les nerfs des jambes. C’est un produit neurotoxique qui affecte entre autres la mémoire, l’équilibre et les capacités d’anticipation des individus.

Les effets de la consommation abusive d’alcool sur…

Les organes internes

Qu’ils aient un problème de dépendance à l’alcool ou de consommation excessive, les alcooliques risquent d’endommager à peu près tous les organes internes de leur corps.

Foie

Parmi les complications physiques dues à l’abus d’alcool, les maladies du foie sont les plus fréquentes. Parce que le foie est le grand responsable de la transformation de l’alcool ingéré, les intoxications ont inévitablement des répercussions hépatiques.

Lorsqu’on consomme trop d’alcool pour les capacités de notre foie, il en résulte des lésions qui vont de l’accumulation relativement bénigne de graisses (stéatose hépatique) à l’inflammation (hépatite alcoolique) et ultimement à la cirrhose.

La stéatose hépatique et l’hépatite alcoolique sont réversibles et elles peuvent même régresser sans laisser de séquelles, s’il y a sevrage d’alcool. Par contre, si la consommation d’alcool est maintenue, environ le quart des cas évoluera vers une hépatite sévère ou une cirrhose, qui sont des pathologies graves. Dans les cas d’hépatite alcoolique sévère ou de cirrhose, la survie à 5 ans varie de 20 à 60 %.

La toxicité de l’alcool sur le foie peut s’exprimer à partir de doses qui sont considérées comme modérément excessives. Le seuil de consommation au-delà duquel le risque de cirrhose devient important se situe autour de 30 grammes d’alcool par jour (3 verres) chez la femme et de 50 grammes d’alcool (5 verres) chez l’homme, pendant une durée d’au moins 10 ans chez les femmes et d’au moins 15 ans chez les hommes.

Pancréas

Dans 80 à 90 % des cas, l’alcool est la cause de la pancréatite, dans ses formes aiguë ou chronique. Si la pancréatite aiguë autorise un retour à un fonctionnement normal, la pancréatite chronique cause des cicatrices permanentes qui engendrent un mauvais fonctionnement durable du pancréas et une suite possible de complications multiples.

La pancréatite aiguë est souvent annonciatrice de la pancréatite chronique. Lorsque quelqu’un consomme régulièrement et de façon abusive, le pancréas est agressé de façon continue. Il s’ensuit une inflammation permanente du pancréas susceptible d’aboutir à l’insuffisance de fonctionnement du pancréas exocrine, soit de la partie glandulaire du pancréas.

La pancréatite aiguë suit généralement une digestion du pancréas par lui-même (autodigestion) et aboutit progressivement à une inflammation. Les principaux symptômes de la pancréatite aiguë sont des douleurs abdominales et des vomissements, qui peuvent parfois persister même après que la personne a cessé de boire.

Chez les individus à risque, la pancréatite chronique se manifeste si la consommation d’alcool se prolonge sur une longue période : plus de 10 à 15 ans pour les femmes et de 15 à 20 ans pour les hommes. Il faut rappeler que la vulnérabilité de chacun à l’alcool est déterminante dans l’apparition de cette complication.

Oesophage

Les personnes qui s’intoxiquent risquent de développer des troubles moteurs dans le reflux gastro œsophagien. Au lieu de suivre le transit normal, c’est-à-dire passer de l’œsophage à l’estomac puis à l’intestin, les aliments sont refoulés de l’estomac vers l’œsophage, ce qui provoque des brûlures et des aigreurs.

Ce reflux gastro-œsophagien peut provoquer à son tour une œsophagite par reflux (œsophagite peptique), soit une inflammation de la muqueuse de l’œsophage, résultant d’une agression des remontées acides en provenance de l’estomac.

L’œsophagite peut être aiguë – s’étaler sur une courte période – ou être chronique – s’étaler sur une longue période. Une œsophagite provoque des brûlures lors de l’ingestion d’aliments, d’alcool ou de liquides chauds.

Chez les alcooliques, l’œsophagite chronique peut évoluer en ulcère. De plus, chez ceux qui consomment de façon abusive et régulière, une déchirure superficielle de la muqueuse située à la jonction de l’œsophage et de l’estomac peut se produire. Celle-ci est provoquée par des vomissements répétés et prolongés ce qui, dans 5 % des cas, peut aboutir à une hémorragie digestive, un vomissement de sang (hématémèse) qui peut être massif et mortel.

L’intoxication chronique est le principal facteur du cancer de l’œsophage et le risque s’accroît considérablement chez les fumeurs.

Estomac

L’intoxication à l’alcool peut provoquer une inflammation de la muqueuse de l’estomac dont la fonction est d’agir comme barrière protectrice de la paroi de l’estomac ; on parle alors de gastrite aiguë. L’absorption d’alcool en très grande quantité peut provoquer des brûlures, des nausées, des vomissements, parfois même sanglants, et des douleurs dans la partie supérieure et médiane de l’estomac (douleurs épigastriques). Ces symptômes se résorbent généralement après deux à trois jours d’abstinence à l’alcool.

Lorsque la consommation abusive est régulière, elle peut entraîner une gastrite chronique, une maladie souvent asymptomatique et peu réversible, évoluant lentement sur plusieurs années. La gastrite chronique est généralement accompagnée d’anémie et de dénutrition ; elle est parfois concomitante du reflux gastro-œsophagien défini plus haut. Les alcooliques peuvent aussi développer des hémorragies digestives qui sont principalement dues à des ruptures de varices œsophagiennes, à des dégradations ou à l’ulcération de la muqueuse gastrique.

Intestin

Les intoxications à l’alcool modifient la motricité et l’absorption de nutriments tels que les aminoacides, les vitamines A et C, les minéraux et le glucose, ainsi que les sécrétions de tout l’intestin. Il s’ensuit une diarrhée qui est constatée chez 10 à 50 % des alcooliques. Les effets de l’alcool sur l’intestin sont en général modérés et peuvent disparaître rapidement, soit de 2 à 6 semaines après un sevrage, avec l’aide d’apports nutritionnels et vitaminiques.

La circulation sanguine

De la même façon, la dépendance à l’alcool et la consommation excessive risquent de provoquer des impacts néfastes sur la circulation sanguine.

Artères

Suivant la quantité d’alcool consommée, les pressions artérielles peuvent augmenter et cette relation devient plus nette chez les buveurs de 40 ans et plus. La pression artérielle systolique augmente en moyenne de 2,7 mmHg chez les individus qui consomment de 4 à 6 verres d’alcool par jour et de 4,6 mmHg chez ceux qui en consomment au moins 7 verres. Ces dysfonctions tendent à disparaître après un sevrage, mais reviennent en cas de rechute.

L’hypertension artérielle peut causer des complications comme des troubles du rythme cardiaque et de l’angine de poitrine.

Cœur

Une consommation d’alcool abusive et chronique, pendant au moins 10 ans, peut causer une affection du muscle cardiaque (cardiomyopathie alcoolique). Chez certains buveurs, cette maladie peut être asymptomatique et n’être découverte qu’accidentellement, alors que chez d’autres, la maladie s’accompagne de douleurs dans la poitrine, de palpitations, de toux nocturnes, d’une fatigabilité anormale, de difficultés à respirer et parfois même d’arrêts cardiaques se présentant sous la forme d’arythmie.

Les alcooliques atteints de cardiomyopathie présentent parfois des troubles du rythme cardiaque (tachycardie, palpitations) à l’occasion d’une surconsommation d’alcool. Dans la majorité des cas, le retour à un rythme normal se fait spontanément sur une période de 24 heures.

Système cérébrovasculaire

La consommation abusive d’alcool est un facteur de risque d’accidents cérébrovasculaires (ACV). La consommation abusive et chronique augmente les risques de décès par hémorragie cérébrale, alors que les épisodes d’intoxication peuvent empêcher l’apport de sang au cerveau ce qui, en retour, peut entraîner un infarctus cérébral.

Le système nerveux

Toute intoxication à l’alcool a des conséquences neurologiques. Pris à faibles doses, l’alcool a un effet psychologique stimulant, excitant et même désinhibant. Consommé à plus fortes doses, son effet est sédatif et il s’ensuit des troubles d’ivresse banale, soit de vigilance, d’équilibre, de parole et de confusion.

La consommation abusive et chronique peut provoquer de nombreuses perturbations des systèmes nerveux central et périphérique :

  • des troubles peuvent être la conséquence de la malnutrition et de la carence nutritionnelle dont sont souvent affligés les alcooliques ;
  • des complications neurologiques peuvent être liées à une insuffisance hépatique ;
  • des manifestations neurologiques spécifiques dans lesquelles l’alcool peut jouer un rôle central peuvent se produire;
  • des perturbations neurologiques qui peuvent survenir lors d’un sevrage, tel le délire alcoolique aigu (delirium tremens).
Syndrome de Wernicke-Korsakoff

L’une des affectations les plus graves dont peuvent être atteints ceux qui consomment de l’alcool avec excès est le syndrome de Wernicke- Korsakoff, provoqué par une carence prononcée en thiamine (vitamine B1).

L’encéphalopathie de Wernicke est l’association d’un syndrome confusionnel, d’une diminution de la coordination (ataxie), de paralysies oculomotrices et parfois de troubles végétatifs ainsi que de troubles de la conscience. Ces anomalies cliniques peuvent se développer subitement ou évoluer sur plusieurs jours.

La psychose de Korsakoff se traduit par un état amnésique avec une déficience prononcée de la mémoire rétrograde et de la mémoire antérograde, une désorientation temporelle, de fausses reconnaissances et des affabulations – les patients n’ont plus de mémoire. La psychose de Korsakoff succède généralement à l’encéphalopathie de Wernicke. C’est pourquoi on dit souvent que ces deux syndromes n’en forment qu’un seul. Ces cas sont spectaculaires mais, fort heureusement, rares.

Polynévrite

La polynévrite alcoolique est la plus fréquente des complications neurologiques de l’alcoolisme chronique. Elle est liée à une atteinte du système nerveux entraînant une dégradation de la myéline et du système nerveux périphérique. Cette affection débute généralement de manière insidieuse et se manifeste par des sensations anormales d’engourdissement ou de fourmillement (dysesthésies), par la sensation d’avoir les pieds froids, par des crampes, notamment dans les mollets, et par une moindre endurance à la marche. Elle est due à l’effet toxique de l’alcool ou de ses métabolites et elle est favorisée par une carence en thiamine. Dans les formes plus graves, la polynévrite peut s’étendre aux membres supérieurs. Après sevrage, ses effets sont réversibles, mais le processus est lent.

Névrite optique

Une névrite optique est une lésion des nerfs optiques qui peut être provoquée par une intoxication chronique à l’alcool. Elle se caractérise par une baisse progressive et bilatérale de l’acuité visuelle. On constate chez les malades une diminution du champ visuel et ils éprouvent aussi des difficultés à bien voir les couleurs. Cette complication est réversible s’il y a sevrage d’alcool – et de tabac -, accompagné d’une prise de vitamines.

La santé mentale

La consommation abusive d’alcool peut provoquer de nombreux désordres psychiatriques. Des études démontrent que les alcooliques présentent davantage de troubles mentaux que les non-alcooliques. On parle alors de comorbidité psychiatrique lorsque, chez un même individu, on observe un mode inadapté de consommation d’alcool en combinaison avec des troubles mentaux ou psychiatriques qui ne sont pas directement causés par une intoxication aiguë, ni dus au sevrage.

On observe trois grands types de troubles psychiatriques, surreprésentés chez les alcooliques.

Troubles de la personnalité

On observe tous les types de troubles de la personnalité chez les individus qui ont un problème de consommation. Par exemple, la prévalence d’avoir une personnalité antisociale est 10 fois supérieure chez les alcooliques que celle que l’on observe dans la population en général. On observe aussi, notamment chez les femmes, une forte association entre l’alcoolisme et tous les types de troubles alimentaires.

Troubles de l'humeur et de l'anxiété

On retrouve sous cette rubrique le trouble bipolaire et la dépression, celle-ci de manière très fréquente. Ce trouble doit être pris au sérieux, car il y a de 8 à 10 fois plus de suicides – une de ses conséquences – chez les alcooliques que dans la population en général. Les alcooliques souffrent peu de troubles anxieux – tels le trouble panique et la phobie sociale -, mais tout de même plus que la population en général.

La schizophrénie

Bien que n’ayant pas de lien avec l’intoxication ou le sevrage, ce trouble grave est davantage observé chez les alcooliques que dans la population en général. La majorité des troubles psychotiques sont de nature toxique et ont été décrits précédemment dans la section Effets sur le système nerveux.

L’environnement social

Les intoxications à l’alcool engendrent des problèmes sociaux ayant de graves conséquences socio-médicales trop souvent mésestimées. L’alcool ingéré en trop grande quantité produit des perturbations au cerveau, au système nerveux central et au système hormonal, ce qui provoque en retour un impact sur les processus cognitif et physiologique. Par conséquent, si la mortalité des alcooliques est plus élevée, ce n’est pas seulement parce que l’ivresse présente une pathologie particulière, mais aussi parce qu’elle amplifie le risque habituel associé au suicide, aux homicides et aux lésions accidentelles résultant de problèmes sociaux tels les accidents de la route et la violence.

Accidents de la route

Au Québec, l’alcool est l’une des principales causes de décès sur les routes. Le problème est particulièrement tragique chez les jeunes, mais il ne touche pas que ces derniers. En 2000, près de 40 % des conducteurs décédés sur les routes du Québec avaient bu de l’alcool. Entre 1995 et 2003, 1655 Québécois sont décédés dans un accident de la route, alors qu’au moins un des conducteurs impliqués était sous les effets de l’alcool.

Violence

S’il est faux de croire que l’alcool rend nécessairement violent, il n’en demeure pas moins que, dans notre société, les intoxications à l’alcool ont un impact direct sur la violence et, bien entendu, sur les blessures qui s’ensuivent. Puisqu’une des manifestations neurologiques de la consommation est la perte d’inhibition, l’alcool est un facteur déterminant des comportements instinctifs telles la violence sexuelle et la violence physique associées à cette perte d’inhibition.

Les victimes sont, elles aussi, souvent intoxiquées lors d’épisodes de violence, ce qui les rend plus vulnérables aux agressions ou ce qui les incite à provoquer leur agresseur.

Violence conjugale

La consommation abusive d’alcool faite par l’un des conjoints favorise l’éclatement de conflits pouvant aller jusqu’à la violence physique. Le risque de violence conjugale augmente avec la fréquence d’intoxication. Au Canada, 41 % des victimes féminines et 25 % des victimes masculines estiment que leur conjoint était sous l’influence de l’alcool lors d’épisodes violents. Selon Statistique Canada, 26 % des hommes qui ont tué leur conjointe et 55 % des femmes qui ont tué leur conjoint étaient intoxiqués au moment du meurtre.

Au-delà des sévices physiques pouvant résulter de la violence conjugale, des études démontrent que les conjoints des alcooliques souffrent davantage d’anxiété, d’insomnie, de tension et de dépression.

Sexualité

Les intoxications à l’alcool – surtout chez les jeunes – sont liées aux relations sexuelles non protégées et, par conséquent, augmentent les risques de contracter une maladie transmise sexuellement (MTS) ou de provoquer une grossesse non planifiée.

Alcool et fœtus

Les femmes enceintes qui s’intoxiquent à l’alcool s’exposent à donner naissance à des enfants atteints du syndrome d’alcoolisme foetal (SAF), soit un ensemble de problèmes pouvant inclure un retard de croissance, un déficit intellectuel, des malformations cardiaques, une tête anormalement petite ainsi que d’autres anomalies faciales et squelettiques.

Le Tableau de bar est un outil qui vous permet de suivre et de comprendre votre consommation d’alcool au fil du temps, entre autres en termes d’effets, de calories, d’équivalences en nourriture.