L’alcool, différent des autres aliments au moment de l’absorption

Pourquoi l’alcool a-t-il une diffusion aussi rapide?

Non seulement l’alcool se diffuse rapidement, mais il se répartit facilement dans tous les organes du corps. En effet, les molécules d’alcool ont la particularité d’être très petites et de se dissoudre aisément dans l’eau et le gras – les constituants du corps humain. Par conséquent, elles n’ont pas besoin d’être transformées par des enzymes de digestion pour passer dans le sang, ce qui explique la rapidité de sa diffusion.

Pourquoi l’alcool pris à jeun est-il absorbé plus vite?

L’alcool consommé passe rapidement de la bouche à l’estomac et, de là, à l’intestin. Une partie est absorbée dans le système sanguin par la muqueuse buccale et l’œsophage, une autre partie passe à travers les parois de l’estomac. Le reste est absorbé par les intestins, principalement par l’intestin grêle.

Si l’estomac et l’intestin ne contiennent pas de nourriture solide, l’alcool entre plus rapidement en contact avec les parois intestinales et il est vite absorbé dans le sang.

L’absorption peut alors se terminer 30 minutes après la consommation. Par contre, si l’estomac est relativement plein, l’alcool y séjourne plus longtemps. L’absorption se déroule plus lentement et peut alors durer jusqu’à 90 minutes.

Pourquoi un « spiritueux » est-il absorbé plus lentement?

Les alcools dont la concentration est supérieure à 20 % irritent les parois de l’estomac, retardant l’ouverture de la valvule pylorique qui permet le passage de l’alcool de l’estomac à l’intestin grêle. Une personne qui prendrait coup sur coup plusieurs consommations à forte teneur en alcool – dans le but de s’intoxiquer rapidement – pourrait ressentir tardivement les effets de l’alcool, obtenant ainsi un résultat contraire à celui qu’elle recherchait.

Pourquoi l’alcool monte-t-il aussi vite à la tête?

Une fois passé dans le sang, l’alcool se répand dans toutes les parties de l’organisme et se diffuse dans tous les tissus contenant de l’eau. C’est ainsi que l’alcool parvient rapidement aux organes très vascularisés comme le cerveau, les poumons et le foie.

L’alcool, différent des autres aliments au moment de l’élimination

Pourquoi l’alcool est-il présent dans l’air expiré et dans le lait maternel?

Une partie de l’alcool (10 %) est éliminée telle quelle, soit sous une forme inchangée par l’urine et la sueur, mais aussi par l’air expiré, puisque l’alcool a été amené aux poumons par le sang. C’est en effet à partir de l’élimination pulmonaire qu’est détectée la présence ou l’absence d’alcool dans le sang, grâce à des instruments de mesure de l’air expiré (alcootest).

Pour les mères qui allaitent, il est important de savoir qu’en raison de la grande teneur en eau du lait maternel, l’alcool se retrouve dans le lait à des concentrations environ 10 % plus élevées que celles que l’on trouve dans le plasma sanguin.

Comment l’alcool est-il métabolisé par le foie?

La majeure partie de l’alcool (90 %) est éliminée par le métabolisme. Bien que les reins et le tractus gastro-intestinal participent à ce métabolisme, c’est le foie qui est le grand responsable de la transformation de l’alcool absorbé. Dans le premier temps du métabolisme hépatique, l’enzyme déshydrogénase transforme l’alcool en acétaldéhyde, une substance très toxique qui a des effets sur l’ensemble de l’organisme. Cela met en action, dans un deuxième temps, un autre enzyme – l’acétaldéhyde déshydrogénase – qui transforme l’acétaldéhyde en une molécule inactive et inoffensive, l’acétate – ou acide acétique.

Pourquoi l’alcool est-il éliminé différemment d’une personne à une autre?

Peu importe la quantité consommée, le foie ne peut transformer ou métaboliser qu’une certaine quantité d’alcool à l’heure, soit de 15 à 17 mg. La vitesse à laquelle s’effectue cette transformation dépend notamment de la quantité d’enzymes métabolisateurs dans le foie, et cette quantité varie d’une personne à l’autre et semble déterminée génétiquement. Toutefois, d’autres facteurs influencent ce processus.

Conséquences et effets immédiats de l’absorption d’alcool.

Pourquoi l’alcool a-t-il autant d’effets sur le cerveau?

Avant d’arriver au foie, l’alcool contenu dans le sang affecte d’autres organes vitaux qui contiennent beaucoup d’eau et qui ont besoin d’un volume important de sang pour fonctionner. C’est sur le cerveau que les effets sont le plus rapidement observables. L’alcool restreint plusieurs fonctions du cerveau en amortissant les centres d’excitation. Les effets de l’alcool peuvent être tout d’abord ressentis de façon favorable, puisqu’ils entraînent une réduction du stress ou des inhibitions et créent une sensation de calme ou de stimulation. Ces effets dépendent par contre de l’état d’esprit du moment. Pour la personne qui était déjà triste ou en colère avant de boire, le fait de prendre un peu d’alcool peut tout d’abord la rendre de meilleure humeur. Mais cet effet va ensuite s’inverser et elle risque de se retrouver rapidement encore plus triste ou en colère.

Pourquoi l’alcool modifie-t-il certains comportements?

Effet engourdissant

Au fur et à mesure que le taux d’alcool augmente dans le sang, les effets s’étendent aux centres moteurs et sensoriels du cerveau. Des troubles de motricité et de coordination apparaissent ; le temps de réaction augmente. Dans ce domaine, les résultats peuvent diminuer de légèrement à très fortement, selon la quantité absorbée. Pour une personne dont l’alcoolémie est de 80 mg par 100 ml de sang – seuil légal pour conduire un véhicule moteur au Canada – le temps de réaction est rallongé de 30 à 50 % par rapport à celui d’une personne qui n’a rien bu. Par exemple, l’individu qui conduit sous les effets de l’alcool aura de la difficulté à freiner rapidement si le véhicule devant lui s’arrête subitement.

Agressivité

Lorsqu’une personne commence à être intoxiquée, son langage, sa pensée et ses sens sont affectés. La diminution des capacités cognitives et verbales qui permettent de résoudre les conflits augmente d’autant les risques de poser des gestes agressifs et violents.

Vomissement

La partie du cerveau qui contrôle les vomissements est touchée en raison de l’alcool et de l’acétaldéhyde qui circulent dans le système sanguin.

Déshydratation

L’alcool affecte aussi la glande pituitaire du cerveau, entraînant une diminution de la sécrétion de l’hormone antidiurétique qui contrôle l’équilibre hydrique du corps. De façon plus précise, les reins ne réabsorbent plus suffisamment d’eau des urines et le corps élimine plus d’eau qu’il en absorbe. Une personne présente alors des symptômes de déshydratation, dont de la fatigue, des douleurs dans le dos et la nuque de même que des maux de tête.

Accoutumance

Les effets immédiats sur le cerveau sont souvent moins apparents chez ceux qui consomment régulièrement, puisqu’ils ont développé une forte tolérance à l’alcool. Cette accoutumance permet parfois de consommer une grande quantité d’alcool sans trop ressentir d’effets à court terme. Cette tolérance est à la fois métabolique – le foie transforme l’alcool plus rapidement et plus efficacement – et fonctionnelle – la personne apprend à compenser pour les déficits causés par l’alcool. Malgré cette tolérance, les effets dommageables de la consommation d’alcool apparaissent à long terme. En effet, les consommateurs dont le système s’est habitué aux effets immédiats de l’alcool sont ceux qui consomment généralement de façon abusive.

Pourquoi l’alcool a-t-il aussi des effets sur d’autres organes vitaux?

Cœur et système sanguin

Aussi peu qu’une ou deux consommations peuvent avoir un effet sur le rythme cardiaque, la pression artérielle, la circulation sanguine et les contractions du muscle cardiaque, incluant sa capacité à pomper le sang. Quoique ces réactions ne soient généralement pas considérées comme significatives d’un point de vue clinique, elles peuvent toutefois avoir des répercussions négatives chez des personnes aux prises avec des troubles cardiovasculaires.

En ce qui concerne la circulation sanguine, l’alcool entraîne une dilatation des vaisseaux sanguins sous la peau, ce qui produit une augmentation de celle-ci. C’est pour cela que certains gros buveurs ont le visage rouge. La dilatation des vaisseaux sanguins entraîne une perte de chaleur et une diminution de la température du corps. Contrairement à la croyance populaire, il est donc dangereux de boire de l’alcool pour se réchauffer lorsqu’on est exposé à de basses températures.

Intestin

Dès qu’une petite quantité d’alcool est consommée, l’intestin sécrète de l’acide. Au fur et à mesure que le l’alcoolémie augmente, la sécrétion de pepsine – une hormone digestive – est réduite, ce qui entraîne une irritation des parois de l’intestin et éventuellement de la diarrhée.

Pancréas

Le pancréas produit l’insuline nécessaire pour contrôler le niveau de sucre dans le sang. La consommation d’alcool cause une augmentation subite du taux de sucre dans le sang, et le pancréas répond à cette hausse en augmentant sa production d’insuline. Il en résulte une chute rapide du taux de sucre et, dès lors, apparaissent des symptômes d’hypoglycémie : étourdissements, maux de tête, troubles de concentration, dépression, anxiété, tremblements, sueurs froides, palpitations cardiaques, manque de coordination et maux de ventre.

Éduc’alcool, Alcool et santé : Les effets de la consommation modérée et régulière d’alcool, 2005.